Les droidlhomme

Le sacre des droits de l’homme « est, à coup sûr, le fait idéologique et politique majeur des vingt dernières années », a fait remarquer Marcel Gauchet, tandis que Alain de Benoist nous dit de son côté : « qu’elle est la boussole unique d’une période désorientée ». Ces deux remarques fort justes font clairement ressortir que, depuis la fin de la guerre froide, la théorie des droits de l’homme gouverne sans partage le monde politique et médiatique. C’est le phare de l’humanité qui éclaire le monde, nécessaire appropriation si l’on veut survivre médiatiquement, voire vivre tout court, principe suffisant dans toute son acception.

Analyse

Ces «droits» sont évidents, aux dire des censeurs.
Mais si l’évidence est la vérité parfaite d’une proposition n’ayant besoin d’aucune démonstration pour en expliquer la nature exacte, étant d’une telle clarté qu’elle ne souffre d’aucun artifice pour l’exposer, la subir, il n’en demeure pas moins que souvent, elle est confondue avec la certitude que l’on a de cette chose, étayée par des considérations souvent absconses, sinon très limitées scientifiquement.

Et donc, ces droits, qui ne reposent sur rien de tangible, de réel, sont tout simplement du domaine dogmatique: on ne discute pas; c’est, et non pas ça pourrait être, un dogme ne souffre d’aucune interprétation ni de contestation.

A l’évidence, cependant, cette théorie présente ces déclarations comme des absolus qu’on ne saurait critiquer, sauf à passer pour rétrograde ou borné, voire passéiste, ou à vouloir tâter du confort plus que spartiate des geôles républicaines, théorie soigneusement encadrée par des lois issues des « Jugements » de Nuremberg, stipulant que le nouveau Satan porte et portera toujours moustache.
Pourtant elle repose sur un mythe : celui de « l’état de nature » , qui bien entendu n’a jamais existé à aucun moment dans l’histoire. L’idéologie des droits de l’homme, dit Alain de Benoist, définit ces droits comme « innés, inhérents à la nature humaine, dont tout individu serait porteur depuis l’état de nature, c’est à dire avant tout rapport social ». Comme l’état de nature est une pure fiction, l’idéologie des droits de l’homme n’a aucune valeur scientifique ou philosophique. Cet état de nature est une composante intrinsèque de notre A.D.N, que rien ni personne ne peuvent expliciter, disséquer, analyser.

Une égalité mythique

Le premier, et le plus connu, des droits énoncés dans la déclaration d’août 1789, est rédigé comme suit : « Les hommes naissent et demeurent égaux en droit ». Cette affirmation a été critiquée depuis longtemps. Hegel, par exemple, ne manque pas de constater qu’il est difficile d’alléguer la nature pour conclure à l’égalité des hommes entre eux : « Il faut dire, écrit-t-il, que, par nature, les hommes sont bien plutôt inégaux ». Cette opinion est confortée par les sciences de la nature, qui montrent abondamment que la nature est fort peu égalitaire. Mais c’est Charles Maurras qui, dans les pages lumineuses de la « Politique naturelle », laquelle forme la préface de « Mes idées politiques », a démontré que la théorie des droits de l’homme était sans fondement. Loin d’être une personne isolée, le petit homme n’aurait pu survivre sans l’aide bienveillante et désintéressée d’un groupe d’adultes : la famille, qui est la cellule mère de la société. Maurras nous montre qu’au fur et à mesure où il grandit, l’homme a besoin des autres, puis que, devenu adulte, il transmet à son tour ce qu’il a reçu de ses parents, de ses éducateurs et de ses maîtres, enrichi de sa propre expérience. Autrement dit, par nature, l’homme est un animal social. Il s’ensuit que plutôt que d’insister sur les droits d’un individu, il convient de faire état des obligations que tout homme a envers les diverses communautés qui l’ont vu naître, l’ont protégé et nourri, que ce soit au plan matériel ou dans les domaines intellectuel et moral( sa famille et sa patrie, par exemple) ou qui le font vivre ( son métier ou son entreprise), par exemple) .

A l’origine du subjectivisme

Un des défauts majeurs de la théorie des droits de l’homme est que ceux-ci ne considèrent l’homme que comme un individu isolé. Ils aboutissent donc tout naturellement au subjectivisme. Le bien, c’est ce qui est bon pour moi, le vrai, c’est ce que je juge profitable pour moi. On comprend que la philosophie qui imprègne cette déclaration des droits conduit à la négation de toutes règles imposées à l’individu, qu’elles soient  principes métaphysiques ou religieux, exigences morales ou règles esthétiques les plus banales. Seul compte le bon plaisir de l’individu. Le subjectivisme conduit obligatoirement au relativisme, selon lequel toutes les opinions se valent : mon point de vue doit forcément prévaloir puisque c’est le mien. Les notions de bien commun, de vérité, de beauté, de justice et d’objectivité, n’ont plus de raison d’être.

Demoiselles en onsen vues de dos

Liberté, égalité, mes fesses, oui !

Les droits de l’homme et la religion

Il serait bien étonnant que cette idéologie, inventée par des hommes profondément anti-religieux et qui d’ailleurs, dès qu’il en ont eu le pouvoir, ont fermé tous les lieux de culte et se sont livrés aux atrocités les plus ignobles contre les prêtres, les religieuses et les chrétiens fidèles, puisse être considérée comme émanant de la religion.

Il s’agit d’un malentendu. La religion chrétienne enseigne que chaque homme est une personne, unique, irremplaçable et créée par Dieu, ce qui, par définition, lui donne une dignité extraordinaire et incontestable. De ce fait, la valeur unique de chaque être humain, quelque soit sa race ou son origine, interdit qu’on le traite comme un objet inanimé ou un animal et exige qu’on le respecte. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que l’on peut dire qu’on peut trouver dans la religion l’origine des droits de l’homme. En réalité, nous dit François Vallançaon, « l’Eglise n’est pas plus pour les droits de l’homme que contre. Elle est favorable aux droits de l’homme quand ils sont bien et justement interprétés. Elle leur est hostile quand ils sont mal et injustement interprétés ».

La tyrannie de l’universalité

Si les droits de l’homme sont présentés comme le signal et le début de la tolérance, cette idéologie se révèle, dans les faits, porteuse de l’intolérance la plus absolue. Ne pas admettre la validité de ces droits vous fait considérer, a priori et sans discussion possible, comme un individu stupide et méchant, voire comme un fasciste. On fait croire que la déclaration marque la fin du despotisme, mais en vérité il contient les bases d’une nouvelle tyrannie, comme on l’a vu en France peu de temps après la proclamation de ce dogme d’un genre nouveau. Cette tyrannie est d’autant dangereuse que cette idéologie se prétend valable en tous temps et en tous lieux, indépendamment des situations personnelles et des conditions politiques , sociales, géographiques, climatiques et historiques. En effet, si les hommes ont les mêmes droits, c’est qu’ils sont partout les mêmes. On aboutit donc, non seulement au conformisme individuel, mais à la fin des diversités et à la destruction des traditions, des coutumes et des cultures. Finies les richesses infinies que l’on pouvaient découvrir sur toute la planète. A l’uniformisation totale sur le plan culturel s’ajoute la généralisation de la démocratie, au besoin par la force, comme on vient de le voir en Irak…. On comprend pourquoi Monsieur Fukuyama a prédit la fin de l’histoire pour bientôt !

Droits de l’homme et mondialisation

Alain de Benoist a raison d’écrire qu’ « associés à l’expansion des marchés, le discours des droits de l’homme constitue l’armature idéologique de la globalisation ». Et il est bien vrai que la renaissance de cette idéologie, qui s’était estompée pendant la plus grande partie du XXe siècle, a coïncidé avec l’avènement de la mondialisation économique et commerciale. On peut donc en conclure que la mondialisation est, sur le plan de l’idéologie, l’un des avatars de cette funeste théorie.

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