Il y a 78 ans…

 

Ce jour-là aurait-il été possible de restaurer la monarchie ?
Était-ce un des rares moments où la gueuse pouvait être abattue ?

Pour certains, oui, et la droite a manqué de…tellement de choses que l’on a tendance à s’y perdre.

Toujours est-il qu’un pouvoir ne se prend pas sur un seul claquement de doigts;  Ch Maurras l’avait signalé dans un article : » Si le coup de force était possible ». On connaît la réponse en remarquent son absence ce jour-là.

Un petit retour en arrière:

Alexandre Stavisky

À la fin de 1933, la France est en crise : crise économique venue d’outre-Atlantique, qui ronge le tissu social du pays, mais aussi crise politique, conséquence d’un système parlementaire facteur d’instabilité ministérielle ; crise morale révélée par les multiples scandales qui éclaboussent régulièrement la classe politique de la IIIe République ; crise de civilisation, enfin, à l’heure où les démocraties et les totalitarismes se font concurrence pour le contrôle des masses, et où technique et consommation assoient de plus en plus le règne de l’argent au détriment des cultures et des personnes.

C’est dans ce contexte lourd d’inquiétudes et de menaces que, le 24 décembre 1933, un article de presse, quasi anodin, évoque une affaire d’escroquerie découverte à Bayonne et l’arrestation du directeur du crédit municipal de cette même ville, coupable d’avoir émis de faux bons pour des sommes très importantes. Que cet article paraisse dans le quotidien monarchiste L’Action Française semble fort logique : après tout, ce journal n’a de cesse de dénoncer toutes les (mauvaises) “affaires” de la république pour mieux la décrédibiliser aux yeux d’une opinion publique pas encore totalement blasée, comme il se veut aussi le chantre de la “réaction nationale” qui doit, en bonne logique maurrassienne, mener à la monarchie.

Cette tactique de dénonciation systématique des maux de la république ne manque pas, en ces années trente, d’aliments tant les scandales qui touchent le régime et ses hommes semblent nombreux. Mais, jusque là, cela ne débouche guère sur autre chose que quelques manifestations de rue, des actions de camelots du roi et la sempiternelle confirmation de la malhonnêteté inhérente au système idéologico-politique de la démocratie. Pour autant, malgré le peu de débouchés politiques apparents de cette perpétuelle contestation (faute d’un Monk ?), la capacité d’indignation des journalistes et des militants royalistes reste intacte, prête à se manifester à l’occasion, avec le souhait toujours rappelé d’aboutir au renversement de la “gueuse”, synonyme (pour les Camelots du Roi) de république.

En quelques jours, « le scandale de Bayonne », comme le nomme l’Action française et, à sa suite, la presse populaire, prend des proportions inquiétantes pour le monde parlementaire. Chaque jour amène son lot de révélations, et la liste des escrocs et des corrompus s’allonge. C’est l’Action française qui reçoit de nouveaux documents compromettants pour quelques personnalités politiques, et se fait un devoir et un plaisir de les publier. Ainsi reproduit-elle les lettres d’un ministre, Dalimier, conseillant de se procurer les fameux bons du Crédit municipal de Bayonne, et met-elle en cause le magistrat Pressard, beau-frère du président du Conseil du moment, Camille Chautemps : les premiers numéros de l’A.F. du mois de janvier 1934 fourmillent d’accusations et d’explications sur la vaste escroquerie mise en place par un certain Alexandre Stavisky, en fuite depuis Noël.

D’une banale affaire d’escroquerie, “l’Affaire Stavisky” devient un scandale politico-financier qui touche tous les milieux de la république établie, en particulier le parti radical et la franc-maçonnerie, à cette époque très présente dans la vie politique du régime et souvent considérée comme son soutien et son inspiratrice. Léon Daudet, dans son article quotidien de L’Action Française, “exécute” les « voleurs », au fil d’une plume plongée dans le vitriol. Le polémiste, jadis lui-même député de Paris, dénonce les mauvaises mœurs parlementaires de la IIIe République et les pratiques policières de celle-ci. Pour définir les politiciens et magistrats touchés par le scandale, il évoque une « bande de traîtres, de voleurs, d’assassins » qu’il s’agit de poursuivre jusque dans « la caverne des brigands », c’est-à-dire le Palais-Bourbon.

Le gouvernement a essayé de noyer l’affaire mais il comptait sans l’AF et les Camelots. Dès le 9 janvier, la Chambre est assiégée par le peuple de Paris mené par les Camelots. Tous les jours, les manifestants sont plus nombreux que la veille et la police de plus en plus nerveuse n’arrive pas à avoir le dessus.
Le 27 janvier, le ministère Chautemps s’effondre dans la boue et le sang. Daladier lui succède, Chiappe est chassé de la Préfecture de Police et remplacé par Bonnefoy Sibour.

montage stavisky_sarkozy
Le 6 février, le ministère Daladier se présente devant la Chambre. Les patriotes se massent place de la Concorde, aux Champs-Elysées, aux Invalides, au quartier Latin, à l’Hôtel de Ville. Les Camelots du Roi sont partout, il y a aussi les J.P, les Croix de Feu, la Solidarité française, les association d’anciens combattants.
La foule menace le pont de la Concorde. Les cavaliers de la Garde chargent mais doivent faire demi-tour ; la police à pied prend leur place, les manifestants qu’elle peut entraîner et arrêter sont frappés à coups de matraque, blessés et couverts de sang.

La foule arrête un bus et le brûle ; les pompiers arrivent et dirigent leurs jets contre la foule qui s’empare des lances et les retourne alors contre eux.

manifestation du 6 février
Le barrage du pont va être emporté ; alors sans aucune sommation, les fusils-mitrailleurs se mettent à crépiter, des hommes tombent, la foule continue à avancer. Une charge de cavalerie l’arrête, aucun coup de feu n’est parti des manifestants.
Jusqu’à une heure avancée de la nuit, les charges se succèdent, comme les coups de feu.

Dix-sept morts chez les manifestants, un du côté de la police, deux cent cinquante-huit blessés graves chez les manifestants, quatre-vingt-douze dans la police. Maxime Real del Sarte, sauvagement frappé, figure parmi les blessés.
Les morts de l’Action Française ce jour et les suivants:

– AUFSCHNEIDER Alphonse
De Schiltigheim (Bas-Rhin), 37 ans, valet de chambre, tué d’une balle au cœur près de la place de la Concorde. Il était Ligueur d’Action française.

– CAMBO COSTA,
42 ans, d’origine hellénique, naturalisé Français, musicien sans travail, mort le 9 février des multiples blessures reçues dans la nuit du 6. Allié d’Action française.

– CHEYNIER LE JOUHAN DE NOBLENS Gratien,
55 ans, industriel, ancien combattant, frère de trois combattants morts pour la France, marié et père d’un enfant de 7 ans 1/2, membre de la Solidarité française. Atteint d’une balle entre les yeux.

Il fut frappé et piétiné avec un acharnement bestial, comme le prouvent les nombreuses contusions et fractures du crâne, du nez et de la mâchoire que l’on releva sur lui. Il décéda quelques heures après son transport à l’hôpital Beaujon.

– COUDREAU Raymond,
49 ans, commis-livreur dans une mercerie en gros ; n’appartenant à aucune association politique, veuf et père de six enfants, dont deux en bas âge.

– ETHEVENEAUX Louis,
25 ans, garçon charcutier, reçut, près de la Madeleine, un coup de matraque d’un policier et mourut d’une fracture du crâne.

– FABRE Jean-Eloi,
Etudiant en médecine, interne à l’hôpital Saint-Joseph, membre des Jeunesses patriotes, tué d’une balle au cœur devant le pont de la Concorde. Il avait été blessé en 1925, lors d’un guet-apens organisé rue Damrémont par les communistes.

– GARNIEL Lucien,
Garçon boucher, 16 ans, blessé d’une balle qui l’atteignit à la colonne vertébrale, mort le 1er novembre, après une longue et douloureuse agonie.

– Mlle GOURLAND Corentine,
Femme de chambre, 34 ans, tuée d’une balle à la tête sur la terrasse de l’hôtel Grillon, place de la Concorde.

– JAVEY André,
39 ans, n’appartenant à aucune association politique, ancien combattant, blessé aux Eparges, croix de guerre. Succomba à ses blessures le 11 février.

– LABOUCHEIX Marius,
Directeur administratif de la société « L’Energie industrielle », ancien combattant, laisse deux orphelins, frappé d’une balle en arrivant près de la place de la Concorde.

– LALANDE Raymond,
Menuisier et tapissier d’autos, 24 ans. Atteint sur la place de la Concorde d’une balle qui lui fit éclater le tibia. Succomba des suites de sa blessure le 5 février 1936. S’était inscrit aux Camelots du Roi après le 6 février.

– LAMMERT Henri,
31 ans, officier mitrailleur de réserve, gérant d’un hôtel meublé appartenant à ses parents. Ne faisant partie d’aucune association politique. Tué d’une balle dans le dos, sur la place de la Concorde. Il laissait une veuve sur le point d’accoucher.

– LECOMTE Jules,
35 ans, engagé dans la marine à 19 ans embarqué sur les patrouilleurs de la division de la Loire, ouvrier à l’usine Renault, succomba le 12 février, ayant reçu une balle dans le ventre. Marié, sans enfant, il était Ligueur d’Action française et chef d’équipe de Camelots du Roi.

– LIEVIN Charles,
Cuisinier, 34 ans, blessé le 6 février 1934 d’une balle à la colonne vertébrale, mort le 6 décembre 1935, après vingt et un mois d’atroces souffrances, laissant une femme sans ressources.

– MEZZIANE Galli,
28 ans, musulman, membre de la Solidarité française, manœuvre en chômage, écrasé par un camion de la police lancé à toute allure, puis achevé à coup de pied et de matraque. Mort le 7 février.

– MOPIN Jean,
24 ans, atteint à la colonne vertébrale, mort le 7 décembre d’une infection généralisée, après de longs mois de souffrances héroïquement supportées. Il a été inhumé à Compiègne.

MUNNIER Albert,
27 ans, comptable, depuis quelques mois sans travail, tué d’une balle de révolver dans la tête, rue Boissy-d’Anglas. Il était marié et père d’un bébé de 18 mois.

– PEUZIAT René-Alain,
29 ans, frère du champion cycliste, n’appartenant à aucune association politique.

– ROSSIGNOL Raymond,
37 ans, industriel, ancien combattant, membre des Jeunesses patriotes, officier de réserve de cavalerie, marié, père d’un enfant de 12 ans, tué d’une balle de révolver en pleine tête devant le pont de la Concorde.

– ROUBAUDI Georges,
36 ans, industriel, directeur d’une grande maison d’importation et d’exportation de soierie occupant 200 ouvriers, ancien combattant, engagé volontaire à 17 ans, croix de guerre avec deux citations, marié et père de trois enfants dont l’aîné n’avait pas 6ans. Ligueur d’Action française et membre de l’Association Marius Plateau.

– SOUGARY Alfred,
30 ans, dessinateur, membre de l’Association des Décorés de la Légion d’honneur au péril de leur vie, fut tué à coups de matraque et relevé la colonne vertébrale complètement disloquée.

– VAURY Henri,
39 ans, ancien combattant.

Le gouvernement des fusilleurs tombe…

La province est remuée, l’AF y est active. Pour donner une idée de l’activité déployée par l’AF à travers le pays, en 1934, à Paris et en banlieue : 290 conférences ; en province : 150 !

Le 6 février fut vraiment la révolte contre la république des scandales. Il ne déboucha pas sur la prise du pouvoir, à la déception compréhensible d’un grand nombre de patriotes.

Les circonstances ne nous étaient pas favorables : Chiappe, préfet de Police, avait été limogé quelques jours avant et nous ne disposions donc plus du « Monk » nécessaire ; d’autre part, le haut clergé était opposé à l’AF du fait de la condamnation pontificale, celle-ci ayant provoqué à notre égard la méfiance des autres mouvements nationaux.
Le 12 février, les communistes réagissent, lancent une grève générale ; l’Action Française est le seul journal à paraître ce jour-là.

(Une savoureuse anecdote, qui aurait fait date si…
le glorieux aviateur FONCK avait proposé à Charles Maurras de bombarder la Chambre des Députés. Maurras a refusé cette offre…)

A Hénin-Liétard, le 11 avril, les communistes attaquent les Camelots du service d’ordre à une réunion d’AF. Assaillis à coups de couteau et de matraque, les Camelots blessés ripostent, un des assaillants tombe, mortellement blessé, Jean Théry est arrêté avec d’autres Camelots. Inculpés de meurtre et jugés aux assises de Saint-Omer ave Eugène Fitsch, ils sont acquittés.
Au cortège de Jeanne d’Arc, en 1934, 100 000 patriotes défilent.
Le 10 juin, à Sannoy, les Camelots mettent en fuite le préfet fusilleur du 6 février, Bonnefoy-Sibour.
Le 25 juin, à la salle Wagram, le « Front Commun » est mis en déroute par les Camelots.
Les réunions d’AF se poursuivent toute l’année dans toute la France, réunissant chaque fois des milliers d’ardents patriotes conscients des périls.

Le président du conseil Flandin avait cru devoir se rendre au service funèbre de Notre-Dame, célébré à la mémoire des morts du 6 février ; il fut apostrophé par Alain de la Rochefordière qui en fut condamné à un an de prison.
En septembre 1934, le Campana, navire battant pavillon français, entièrement rempli par 400 ligueurs d’AF et Camelots, entreprit une croisière de huit jours depuis Marseille.

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Depuis, l’on ne cesse de se chercher un homme fort, providentiel, pour sauver la France de ses multiples désastres.

 

 

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Une réponse à Il y a 78 ans…

  1. LHDDT dit :

    Monarchie.. sais pas, mais sur que la démocratie parlementaire n’est pas la solution (sauf pour ceux que ça arrange « personnellement »).

    L’idée de monarchie est sympa pourtant, elle répond au besoin de diriger sans râler, sans besoin d’un « dictateur ». Mais son application semble irréaliste – voir la monarchie espagnole ou anglaise qui n’est plus que d’apparat.

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