De la légitimité

Qui t’a fait Comte ?
Qui t’a fait Roi ?

Qui ne connaît l’échange de lettres, ainsi résumé, entre  le Comte Adalbert de Périgord en réponse au roi Hugues Capet (938 – 996). nouvellement élu par ses pairs, du fait de la faiblesse et de la perte de confiance dans la dynastie carolingienne, faisant ainsi place à l’avènement des capétiens.

Tout est là: la légitimité du pouvoir procède des services rendus et non de la désignation de ce pouvoir, qu’elles qu’en puissent être les modalités.

En démocratie, l’unique source de légitimité est l’élection, soumise aux aléas du moment, aux pressions de toutes tendances, au sourire de l’un et bientôt au décolleté de ces dames. Cette rationalité de gouvernance se voulant de surcroît d’une dignité exemplaire en accord avec les sempiternels droits de l’homme, justifie alors toutes les formes de légalité républicaine. Le «Nous, Roi de France…» est remplacé par un très impersonne l« Au nom de la République…» La transcendance de la fonction se conjugue à toutes les sauces des différents lobbys;

On peut dire que de plus en plus: «Toute démocratie est donc condamnée à vivre sur le fil du rasoir social-démocrate, sauf à n’être plus qu’une oligarchie des riches et des possédants de plus en plus difficilement masquée par une forme démocratique derechef hypocrite.»

On se souvient de la déclaration du Garde des Sceaux, Rachida Daty, en 2007: «La légitimité suprême, c’est celle des Français qui ont élu (Nicolas Sarkozy NDLR) pour restaurer l’autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême.»

On remarque qu’il existe donc des légitimités subalternes, de moindre importance.

Il semblerait aux yeux de certains, que ces propos violent directement la Constitution en désignant comme source de la légitimité non pas la souveraineté nationale conférée au peuple français, mais seulement la quote-part ayant voté pour l’actuel président, ce qui exclut les abstentionnistes, les votes blancs et tous les autres. On perçoit la distinction entre élire et voter.

Bref, c’est la cacophonie parfaite, parfaitement décrite par Jean de la Fontaine dans sa fable:

Le Renard, le Singe, et les Animaux

Les Animaux, au décès d’un Lion,
En son vivant Prince de la contrée,
Pour faire un Roi s’assemblèrent, dit-on.
De son étui la couronne est tirée.
Dans une chartre un Dragon la gardait.
Il se trouva que sur tous essayée
A pas un d’eux elle ne convenait.
Plusieurs avaient la tête trop menue,
Aucuns trop grosse, aucuns même cornue.
Le Singe aussi fit l’épreuve en riant,
Et par plaisir la Tiare essayant,
Il fit autour force grimaceries,
Tours de souplesse, et mille singeries,
Passa dedans ainsi qu’en un cerceau.
Aux Animaux cela sembla si beau
Qu’il fut élu : chacun lui fit hommage.
Le Renard seul regretta son suffrage,
Sans toutefois montrer son sentiment.
Quand il eut fait son petit compliment,
Il dit au Roi : Je sais, Sire, une cache,
Et ne crois pas qu’autre que moi la sache.
Or tout trésor, par droit de Royauté,
Appartient, Sire, à votre Majesté.
Le nouveau Roi bâille après la finance,
Lui-même y court pour n’être pas trompé.
C’était un piège : il y fut attrapé.
Le Renard dit, au nom de l’assistance :
Prétendrais-tu nous gouverner encor,
Ne sachant pas te conduire toi-même ?
Il fut démis ; et l’on tomba d’accord
Qu’à peu de gens convient le Diadème.

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Une réponse à De la légitimité

  1. Liang dit :

    Et les grenouilles, soumises à la dictature de la Raison, croa croa croa, vénèrent leurs maitres du calcul, qui, au Temple devenu marché libre, les dorlotent, au beurre et au persil.

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