James Bond, réactionnaire ?

Skyfall, ou l’espion redevenu humain

Daniel Craig dans James Bond Je suis allé rendre visite au vieux-jeune Bond avec beaucoup de curiosités,voire de craintes en l’esprit, me remémorant, tout en marchant, ses derniers exploits.  Les 20 premières minutes sont un calvaire à suivre le pugilat avec un classique méchant. On peine avec lui, on ressent ses faiblesses face à un adversaire de taille et on a envie de crier lorsque la jeune femme tireuse d’élite manque son coup. On se dit que l’agent préféré de M est mort définitivement, malgré sa réapparition prochaine, quelque soit son état. On sait bien que 007 va sauver le monde, à tout le moins le MI6 et l’honneur de la Couronne. Un fait est certain cependant, on est plus dans un film de Hitchcock ou de John le Carré, où l’homme est seul aux prises avec l’adversité, que dans une navette spatiale fut-elle pilotée par Michael Lonsdale. Fi des gadgets de Mister Q, et cascades fascinantes auxquels les Sean Connery, Roger Moore et autres Pierce Brosnan nous avaient fait diantrement rêver, car on l’oublie, le cinéma, surtout ce genre là, est fait pour nous divertir, les quelques heures passées à regarder les coups-bas des uns et des autres et leurs répercussions, où les charmants accroche-cœur des languissantes et souvent affriolantes James Bond-girls étant malgré tout un repos du cœur et, j’oserais le dire, de l’âme. A chaque jour suffit sa peine et Dieu s’est bien reposé une journée. Carpe diem, affirmait Horace.

J’ai regretté les sourires moqueurs de James et ses réparties qui souvent tombent à point pour détendre l’atmosphère, pour faire rebondir le spectateur sur d’autres moments de suspens garantis. Ici, rien de tout cela, tout se fait au premier degré, les émotions ne sont pas feintes, le danger est bien réel qui menace d’autres agents dans le monde du fait de listes diffusées à qui de droit ( c’est à peine une extrapolation des fameuses  vingt mille fiches dénonçant en 1904 nos militaires de tradition catholique, ou, plus proche, les fuites concernant les comptes bancaires de certains vers la Suisse). Et le méchant est un dépravé assez curieux, sorte de Dr Jekyll qui aurait basculé totalement chez Hyde, affublé de plus d’un penchant certain vers les homos. Bond en vient à bout, en compagnie de M, dans son ancienne demeure gardée quasi intacte par un vieux serviteur, mais sans pouvoir ne rien faire pour la sauver.

Ces trois derniers Bond sont bien une rupture avec la technicité des anciens, encore que certaines situations sont quelques peu assez biscornues. Mais surtout, on sentait dès Casino Royale, les sentiments de James révoltés face à des morts inutiles, la douleur réelle sous la torture dans Quantum of Solace et ses larmes dans Skyfall où il tient M morte dans ses bras.

Je ne regrette pas cet après-midi. :o)

Ci-dessous, une autre approche de ce film, plus élaborée que la mienne:

Merci à Antoine S. de E&R

«   Si le progressiste est obsédé par l’avenir, le réactionnaire voue un culte au passé. La série James Bond a connu son apogée de scientisme avec l’acteur Pierce Brosnan. Gadgets improbables, cascades absurdes, technologies au centre de tout constituaient le cocktail un peu amer, à l’instar de la vodka martini, qui a fait décrocher tant de monde de la célèbre enseigne britannique.

Concurrencé par les très efficaces films sur l’espion amnésique Jason Bourne, 007 a dû revenir aux recettes anciennes afin de retrouver sa crédibilité originelle. Depuis Casino royale, Quantum of Solace et maintenant Skyfall, l’agent secret britannique a troqué les bagnoles invisibles et autres foutaises contre des kilos de muscles et son Walther PPK. La simplicité a remplacé la complexité de la technique. Le retour aux sources a été préféré à la confiance aveugle dans l’avancée scientifique.

Les James Bond incarnaient l’idéologie du progrès à merveille. Selon cette optique, se retourner équivaut à mourir à petit feu. Avec Roger Moore, James Bond était le type même de l’homme moderne. Sûr de sa domination technique, il pouvait se permettre une désinvolture et un certain mépris pour les prouesses physiques. Les blagues et la technologie ont pris le dessus sur la force morale et physique.

Dans les trois derniers épisodes de la série, on remarque un James Bond au bord du doute, à la recherche incessante de l’alliance nécessaire du corps et de l’esprit. Les méthodes simples, « à l’ancienne », sont privilégiées. Le dernier opus, Skyfall, joue parfaitement sur cette nostalgie du passé. Le MI6 a commis de nombreuses erreurs qui ont mis en danger la couverture de ses agents. Il faut donc faire appel à l’agent en bout de course Bond.

Là encore, le film va à l’encontre des codes contemporains qui déifient la jeunesse et méprise grassement la vieillesse, forcément décadente puisque n’ayant plus qu’un pied dans l’avenir. Victoire de Bond, l’ancien, sur les jeunes crétins de l’agence. Retour à l’enfance, aux racines du passé permettant seules de s’ancrer durablement dans l’avenir. C’est en puisant dans ses origines que Bond va réussir à terrasser son ennemi. Cette sanctification du passé est peut-être aussi le doux espoir britannique de rêver à nouveau à la gloire des années passée, au temps où l’Union Jack flottait sur tous les océans et continents du globe.

Le nouveau James Bond n’est plus un gamin prétentieux et insolent. Il a grandi et muri, rentrant ainsi sereinement dans l’âge adulte. Il assume clairement sa virilité à l’inverse de la promotion inquiétante et actuelle de la fiottasserie androgyne. Il n’hésite pas à recourir à la violence et à défier l’autorité contrairement aux petits kapos contemporains qui se baignent dans la compromission et dans le recours permanent à la violence indirecte.

La demeure de James Bond

Il a fait sienne la maxime de Buffon « Le style est l’homme même. » C’est pourquoi, on voit Daniel Craig arborant un style vestimentaire classique car indémodable. À la fin, accoutré de son Barbour, il dégaine un vieux fusil de chasse. Ce vieux chasseur qui défend sa terre ne correspond absolument pas à l’obsession moderne pour le déracinement et l’abolissement des frontières.

Au fond, James Bond trouve toujours son public parce que l’homme moderne rêve à travers lui de redevenir un homme au sens des philosophes grecs, du chevalier ou de l’honnête homme du XVIIème siècle. En clair, un homme alliant une maîtrise corporelle et morale, maniant aussi bien la force physique que la force de l’esprit et qui trouve dans la connaissance du passé la force de vivre le présent et d’affronter l’avenir.

Tout le contraire de la sensiblerie actuelle aboutissant à transformer l’homme contemporain en une demi-femme ne respectant ni les valeurs du passé, qui sont nécessairement réactionnaires, ni son corps, à travers l’apologie de l’androgynie, ni son esprit, le désir et sa satisfaction immédiate ayant remplacé tout effort de lecture et d’apprentissage du monde qui l’entoure. C’est en regardant le célèbre espion qui subit ces contraintes à sa place qu’il peut s’endormir tranquille dans les bras de Morphée à la recherche du rêve où il pourra enfin être l’homme qu’il ne sera jamais. »

 

Ce contenu a été publié dans Politique, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à James Bond, réactionnaire ?

  1. LHDDT 佐罗 dit :

    Bein didon.. tu vas perdre tes cheveux à philosopher James Bond..
    C’est vrai que le derniers, c’est + ça.

  2. lg dit :

    comment peux-tu être sensible à ce personnage monté de toutes pièces par les Juifs, comme superman…?

    • blh dit :

      Pour créer Bond, « …Ian Fleming s’est principalement inspiré d’un agent double serbe travaillant pour les nazis et les Britanniques du nom de Dusko Popov qui à l’origine était un agent du Royaume de Yougoslavie… »
      Je suis sensible aux actions des films, malgré les sempiternelles intriques où les bons triomphent toujours des méchants, quoique pas toujours. Dans cette aventure étonnante de Bond, j’ai surtout voulu contraster les différences entre quasiment toutes les autres versions et les trois jouées par Craig. Ce sont des films, qui nous divertissent, remplaçant les longues veillées d’autrefois en familles invitant d’autres familles. On peut très bien être pour le progrès sans être progressiste, et regarder un film géré par la Warner et autres du peuple élu sans pour autant en avoir quelque sympathie. Presque toutes les activités sociales ont leurs grands chefs contrôlés par ceux que tu dénonces journellement. Faut-il se renfermer encore et encore dans nos cavernes et discuter avec les ombres qui y circulent.
      J’aimerais bien jouer au député Alphonse Baudin, mort pour 25 francs le 3 décembre 1851, pour dénoncer un despote ou n’importe quel fossoyeur de la nation pour montrer au peuple qui sont nos assassins… Le ferais-je ? Aucune idée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *