L'affaire Cahuzac

«Français, vous avez la mémoire courte»

Telle est la réplique du Maréchal qui, en ces jours pas très lumineux, s’applique parfaitement à nos vaillants thuriféraires et autres naviculaires de la morale démocratique, fut-elle de gauche ou de droite.

Normal 1er, plus connu sous les vocables Ahuri des couloirs, Rantanplan, affirmait ;

« …Si je suis demain président de la République, la justice ira jusqu’au bout sur toutes les affaires. Elle ne sera pas entravée, les parquets ne feront pas appel. Ils ne recevront aucune instruction individuelle de la chancellerie. Et si des élus, socialistes ou autres, sont condamnés pour des faits de corruption, ils ne pourront pas se présenter pendant dix ans. Je n’aurai pas autour de moi à l’Élysée des personnes jugées et condamnées. Je ne ferai aucun déplacement officiel en Afrique avec tel ou tel personnage controversé… »

Or donc, il s’empressa de nommer comme 1er Ministre un justiciable : Jean-Marc Ayrault – Député-Maire de Loire-Atlantique, accusé de :

 » Délit de favoritisme –Condamné à une peine de six mois de prison avec sursis et 30 000 F d’amende pour avoir octroyé de décembre 1991 à décembre 1993, sans mise en concurrence, ni avoir recours à des appels d’offres et sans réaliser de contrat, le marché d’impression du journal municipal nantais, Nantes Passion dont le budget d’impression s’élevait à 6 millions de francs par an. »

Qui, lui, nomma donc quelques amis, entre autre Laurent Fabius – Député de la Seine-et-Marne

 » Homicide involontaire – Mis en examen, il a comparu en février et mars 1999 devant la Cour de justice de la République (CJR) pour homicides involontaires dans l’affaire du Sang Contaminé. Le 9 mars 1999, Laurent Fabius est relaxé, la CJR soulignant tout de même que son action « a contribué à accélérer les processus décisionnels. » « 

Sans oublier quelques autres, dont l’actuel père-la-morale Harlem Désir, député Européen et patron du PS, qui n’a de cesse de réclamer un référendum:
 » Recel d’abus de biens sociaux – Condamné le 17 décembre 1998, à 18 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour recel d’abus de biens sociaux. Il avait bénéficié au début des années 1990 d’un emploi fictif, lorsqu’il était à la tête de SOS racisme, financé par une association lilloise. »

Liste ici 

Il est assez curieux de constater qu’à leurs yeux, cette morale n’est bafouée non pas du fait d’une exfiltration de biens personnels dans un paradis fiscal, mais parce que le sieur Cahuzac a menti, les yeux dans les yeux, à ses chefs. Tout comme un certain Président US, puis un ex-futur présidentiable français aux prises avec le démon de Midi. Peu importe en fait le montant exact des sous ainsi mis au frais sous des cieux bien cléments, le crime des crimes a été de mentir encore et toujours à la crème de nos dirigeants plus républicains les uns que les autres et à la morale sans tache.

Sans remonter jusqu’à un certain déluge, Louis XIV emprisonna son ministre des finances, Fouquet, ayant une fortune démesurée et pas toujours bien nette. Danton malgré son aura de tribun révolutionnaire, passa sous le rasoir national du fait d’un réel opportunisme politique mais aussi par celui de corruption, débauche voire trahison.

Précédé de quelques-uns et bientôt suivi par d’autres.

Sous la 3e république, le gendre du Président Grévy qui démissionna par la suite face au scandale, M. Wilson, trafic les légions d’honneur avec l’aide d’un général véreux et de deux tenancières de maisons closes. Le scandale de Panama, où une grande partie de la presse sortit discréditée de cette affaire et hérita d’une réputation de vénalité, que l’on retrouve encore aujourd’hui, l’affaire des fiches où les principaux intervenants surent mourir bien à propos, l’affaire de l’héritage Crawford. la grande banquière Mme Hanau qui ruina quantité d’épargnants, l’affaire Oustric, l’affaire Stavisky qui amena le 6 février 34 et ses morts et blessés, l’affaire du trafic des piastres durant la guerre d’Indochine…

Une liste fort bien documentée ici.

Et tout ça avec la volonté de ne pas stigmatiser la bonne République qui se doit d’être vertueuse, accueillante et compassionnelle.
Tous ces messieurs-dames, a priori instruits, ont sans doute oublié la sentence de Machiavel : « Le pouvoir corrompt », qu’il aurait pu justifier par  » Nous ne sommes que des hommes » . Alors que pour Montesquieu, en république,  la morale et le dévouement contraignent les individus, il apparait avec l’affaire Cahuzac comme une apothéose de l-amorale et du moi-d’abord. Dommages collatéraux du relativisme, sans doute ?

C’est un constat que l’on doit faire; si les républicains ont très souvent de gros problèmes avec l’argent du contribuable, il en ont encore plus avec la probité qui n’a plus rien à voir avec la candeur non plus que le lin blanc. Il est particulièrement instructif de relever le comportement de certains de nos édiles, conseillers en tout genre, eux-mêmes repris de justice, prétendre à moraliser nos institutions, qui, aux dires de Saint Just :

« … sont la garantie du gouvernement d’un peuple libre contre la corruption des mœurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du gouvernement ».

Une nouvelle loi devrait sortir d’ici peu qui devrait remettre les pendules républicaines à l’heure en scandant le sempiternel  » Transparence ».

Un mois pour pondre une loi, une de plus, et des années entières pour l’appliquer. Quelle dérision !
Quant on sait que non seulement c’est l’argent qui file à l’étranger, mais aussi nos meilleurs diplômés et quantités de sociétés, on est en droit de se poser des questions quant à la survie de ce gouvernement et, à plus long terme, de l’utilité de cette république, république reposant sur la vertu des citoyens paraît-il, mais aussi  sur la petite vertu de bien des politiciens.

Que faire alors ?

Tout désespoir en politique est une sottise absolue, affirmait Charles Maurras.

La plupart espèrent une dissolution du parlement suivie de réélections ? Bof ! On retombera vite dans la lutte des classes, pardons des clans, des fauteuils et des strapontins.
Non, d’abord il faut un homme (une femme) seul(e) qui doit faire le ménage en commençant par ressortir la bonne machine du gentil médecin Guillotin et la montrer bien visible sous la tour Bönickhausen. Quelques pointures pourront l’essayer en attendant la meute qui s’y bousculera.

Après on verra.

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16 réponses à L'affaire Cahuzac

  1. LE BREBIS GALLEUX BLOG dit :

    « Non, d’abord il faut un homme (une femme) seul(e) qui doit faire le ménage en commençant par ressortir la bonne machine du gentil médecin Guillotin et la montrer bien visible sous la tour Bönickhausen. Quelques pointures pourront l’essayer en attendant la meute qui s’y bousculera. »
    JE NE CESSE DE LE CLAMER !

    • blh dit :

      A l’évidence, si Dieu m’en prête vie, je vous verrais très bien en nouveau Fouquier-Tinville. Et dans le bon sens.
      Quant on lit que le patron du Monde menace les journalistes d’avoir osé une page entière de pub pour la Manif pour Tous et que la Police course et punit d’amendes les personnes ayant le tishort un papa, une maman… Même une jeune américaine a été bousculée parce qu’elle portait un pull rose…

  2. orfeenix dit :

    La répression, c’ est un pis aller, ce qu’ il nous faudrait c’est un quelqu’ un ( les bonnes femmes sont occupées ailleurs) qui sache exalter des valeurs rayonnantes, ça va bien la loi de crainte, on a dépassé la loi du tallion qui est juive d’ ailleurs. Réunir l’ Eglise et l’ état serait un bon début…

    • blh dit :

      C’est un peu mon idée. Mais quelle Eglise ? Le dernier homme qui avait tenté quelques chose a été fusillé par les séides de De Gaule. Sinon, je pense à quelqu’un de particulier, qui attend tel le penseur de Rodin mais qui a la bougeotte et plante des jalons un peu partout, pour le cas où. Je l’ai découvert, du moins son père, en 67 , et je lui suis toujours fidèle.
      En 34/35 , on avait presque réussi, ne manquait que ce héros tant attendu, zorro, batmann enfin un bon français. En 40, même chose, on a raté le coche, 20 ans de moins et tout passait, Adolf pouvait rejoindre ses pénates tranquillement.
      Aujourd’hui, les doutes m’assaillent, pour parler comme dans les livres.
      Il y eu un Franco en Espagne, un Salazar au Portugal, et Melle Aimée de Coigny se cherchait un Orléans. A défaut de troupes à insurger, ou de bandes populaires à diriger- quoique – la théorie demeure le meilleur mode de l’action: former des élites est un de nos principaux atouts.

  3. Alain dit :

    Bonjour,

    Histoire de se faire l’avocat du diable dans cet ensemble où l’hypocrisie frôle la faucuserie la plus absolue : Jérôme Cahuzac est député du Lot-et-Garonne et ancien maire de la commune où j’ai longtemps vécu. Au passage, il faut préciser qu’il a été un des moins mauvais maires de cette commune avec il est vrai des prédécesseurs d’une extrême médiocrité comme celui qui l’a balancé ( Gonelle avocat à ses heures et qui comme la plupart de ses collègues a un dessous de table usé par les mains pleines de billets).
    Tiens tant que je le tiens, une anecdote du temps où cet étalon de la médiocrité était maire :

    Un soir, une dizaine de « chances pour la France » pénètrent dans la mairie et demandent à être reçues par le maire pour demander du travail ou plutôt du pognon. Pris de peur devant cette menace imminente, le courageux premier magistrat demande à son secrétaire d’appeler la préfecture. Celui-ci multiplie les beurs pour donner plus de poids et ils deviennent 40. Histoire d’être plus crédible, il ajoute même qu’ils veulent mettre le feu à la mairie si on ne leur donne pas ce qu’ils veulent. Arrivé au niveau du secrétariat de la préfecture, les gris sont devenus une centaine et son en train de mettre le feu. Le préfet appelle le ministère de l’Intérieur et en profite pour en ajouter 100 de plus.

    La garnison de gardes mobiles de Mont de Marsan (150 km) est appelée et envoie une centaine de ses agents. Arrivés en soirée, ils pénètrent dans la mairie et trouvent le maire en train de casser la croûte avec ses assaillants, le tout aux frais du contribuable. Les gardes mobiles ayant été « psychologiquement » préparés, leur chef leur ordonne d’aller faire du maintien de l’ordre en ville. Vu la quantité de « chances pour la France » qui glanent à longueur de journée et dealent à tout va, inutile de dire qu’ils se sont régalés.

    Revenons-en à Cahu. Malgré ses derniers dérapages, lui a eu le courage de foutre deux baffes à une « chance pour la France » qui foutait la pagaille dans une rue. A l’époque ses « amis » socialistes l’avaient déjà critiqué pour cette intervention musclée.

    Il y a deux jours, l’ex-ministre du Budget se rend dans une pharmacie de l’ancienne ville qu’il gérait. La commerçante a refusé de le servir et l’a mis à la porte sans ménagement. Si cet acte de civisme est à première vue dans la mode du moment, il ne faut pas perdre de vue que le secteur de la pharmacie a une place importante dans cette affaire et que la pharmacienne n’est peut-être pas la mieux placée pour jouer les Robin de bois. Dans les 60 à 80 milliards de fraude fiscale par an, on trouve en effet ce genre de profession et de nombreuses autres dites « libérales ». Or, qu’il s’agisse de ministres-avocats, de députés-médecins et autres planqués de naissance ou par relations, n’y en aurait-il pas un certain nombre qui aurait « oublié » de tout déclarer ?

    Idem pour les divers articles dans la presse et leur lot de commentaires émanant là encore d’enseignants n’ayant jamais donné de leçons particulières sans les déclarer, de commerçants ayant omis certaines ventes ou d’ouvriers n’ayant jamais travaillé au noir.

    En fait l’histoire Cahuzac (personne pour qui je n’ai aucune amitié car un arriviste notoire) est une excellente image instantanée de la démocratie avec des lois que l’on peut violer tant que l’on ne se fait pas prendre. Comme tu l’écris, le plus grave n’est pas qu’il ait planqué du pognon, mais que ça se soit appris. Il a ensuite menti à ses menteurs d’employeurs, ce qui lui vaut les leçons de morale des repris de justice.

    Si j’ai eu longtemps des doutes sur la représentativité des élus, en fait cette histoire prouve le contraire en étant le reflet d’une société dans son ensemble.

    (Désolé pour la longueur, mais comme tu le sais je n’ai pas fait de grandes études et j’ai le plus grand mal à m’exprimer court)

    • blh dit :

      Il y a tellement à dire sur ces divers épisodes de notre bonne république que l’on pourrait y passer des heures.
      Une autre question à se poser, comme tu le rappelles sur la fin: mentir à un menteur, est-ce toujours mentir ?

  4. Chris dit :

     » former des élites est un de nos principaux atouts « ……
    Qui est ce  » nous  » ???….avant que je ne devine toute seule …

  5. Carine dit :

    On a l’impression que pour être un élu de la raie publique, ça aide bien d’être un repris de justice !
    C’est pas étonnant, remarque…
    Copains et coquins.

  6. blh dit :

    Il est évident que les nations « émergentes » doivent elles aussi se gratter la tête en pensant: c’est ça la France de Louis XIV ?

  7. LHDDT 佐罗 dit :

    « et punit d’amendes les personnes ayant le tishort un papa, une maman…  »

    On rêve.

  8. Paul-Emic dit :

    j’avais raté cet article.
    Mieux vaut tard que jamais.
    Le drame de ce pays c’est qu’il ne peut pas se passer d’homme (femme) providentiel.
    On y a érigé l’égalité en tic maniaque, mais en fait, la France ne se porte jamais mieux que lorsqu’elle est dirigée de main de fer. Si il y a un régime politique pour lequel elle est foncièrement inadaptée, c’est bien la démocratie.

    Pour s’en convaincre il suffit de voir comment les principes démocratiques ont été pervertis. Il n’y a pas un seul article qui parle des droits fondamentaux comme la liberté, la propriété, la sécurité, la liberté d’expression et de pensée, de réunion, de manifestation, qui ne soit aussitôt atténué par un « sauf dans les cas déterminés par la loi ». Comme la loi change en fonction du bon vouloir d’une majorité relative et fluctuante, en droit cela veut dire que ces droits dits fondamentaux ne sont même pas garantis au contraire des droits existant sous l’Ancien Régime. Même le Roi ne se hasardait pas sans raison vitale à remettre en cause les privilèges accordés à des individus et surtout le plus souvent à des communautés.

    Le risque inhérent à l’homme (femme) providentiel, c’est qu’on tombe bien ou mal.
    En 40 les Français ont cru en Pétain, certains en De Gaulle, puis en 45 et en 58 en De Gaulle. Le résultat est plus que mitigé.

    • blh dit :

      Même autrefois, cette philosophie de gouvernance ne traînait pas les rues. Athènes, peut-être ? Déjà, Aristote remarquait que le gouvernement de plusieurs n’était pas bon. A ce jour, la Suisse est quasiment le seul pays à vivre parfaitement sous le Dieu Démos – et encore, il y a quelques soubresauts.

      Quand on sait qu’un Roi de France n’était pas libre d’entrer dans n’importe quelle ville si le maire disait non.

  9. À l’heure du libéralisme économique, de la vente à rabais de nos ressources naturelles à des étrangers et du démantèlement du rôle de l’état, êtes-vous surpris de constater le ramollissement des valeurs morales ? À l’heure de la perte des repères sociaux, êtes-vous vraiment confondus de voir la corruption se développer à tous les niveaux de la société ? Or, à l’exception des 500 000 milles québécois qui se tiennent au fait de l’actualité politique (et qui entretiennent les professionnels de l’information au Québec), le peuple est cynique et ne se scandalise plus, outre mesure, de la corruption. Littéralement, cette dynamique est un cercle vicieux pour notre démocratie. Car, si la corruption de la classe politique alimente le cynisme ambiant de la population, le cynisme lui, désintéresse le peuple des affaires publiques. Subséquemment, dans le contexte ou la population vote de moins en moins, il est encore plus facile pour « les intérêts privés » d’investir le pouvoir politique… ce qui après coup, alimente encore plus le cynisme populaire lorsqu’il se démontre que l’action gouvernementale est dirigée par et pour des intérêts privés (toujours au détriment de la population). Mais le vrai drame n’est pas tant que la corruption s’institutionnalise sans que l’on puisse rien faire, mais qu’elle soit générée, sans gène, par l’entremise de politiciens démocratiquement élus.

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