La Syrie, les enjeux.

Guerre économique à coups d’atomes ?

Voici quelques explications concernant la situation en Syrie, données par David Rigoulet-Roze, du site « Les clés du Moyen Orient« , en 4 parties.

Première partie, la situation aujourd’hui ( publié le 23/04/2013

« 

Où en est le régime syrien ?

Le régime syrien est dans une situation assez paradoxale parce que sa chute ne paraît pas « imminente » comme beaucoup l’avaient pensé et/ou espéré – il manifeste même une remarquable résilience au regard des autres régimes affectés par la tempête du « printemps arabe » et dont certains sont tombés, comme celui de Ben Ali en Tunisie, d’Hosni Moubarak, en Egypte, de Mouammar Kadhafi en Libye pour ce qui est du Maghreb, voire comme celui du Président Ali Saleh au Yémen pour ce qui est du Machreck ; et en même temps, il ne sera pas en mesure de revenir à la situation qui prévalait avant le début de la contestation en mars 2011, parce qu’on a passé une sorte de point de non-retour depuis la « militarisation » de la révolte à l’été 2011. Ainsi, le régime en tant que tel est probablement condamné à terme. La situation est donc très différente de celle qui prévalait à l’issue de l’écrasement de l’insurrection des « Frères musulmans » islamiste de Hama en 1982 par Hafez al-Assad, qui avait fait plus de 20 000 morts. Cette répression avait assuré au régime trente ans de stabilité. Il n’en va pas forcément de même aujourd’hui même s’il a dans un premier temps bien résisté à la dynamique de sa contestation…. »

La suite.

Deuxième partie, quelle opposition ? (publié le 26/04/2013)

« 

Sur le plan politique, l’opposition syrienne souffre depuis le début de la contestation d’un handicap majeur qui tient au fait que le régime était parvenu, jusqu’en 2011, à empêcher l’apparition de la moindre forme d’opposition organisée. Cette opposition syrienne peut aujourd’hui être divisée en trois branches : opposition extérieure, opposition intérieure et opposition armée, cette dernière recoupant peu ou prou l’opposition extérieure.

Ces variables expliquent largement les affres de la gestation d’une opposition unifiée et le fait qu’elle soit encore aujourd’hui très divisée. Et ce, en dépit de tous les efforts qui ont pu être tentés, notamment en créant le 11 novembre 2012, à Doha au Qatar, une instance supposément représentative, la « Coalition nationale syrienne des forces de l’opposition et de la révolution » (CNS), avec à sa tête Moaz al-Khatib, un ancien imam sunnite de la mosquée des Omeyyades à Damas, qualifié de « modéré ». Cette nouvelle structure a englobé le Conseil National Syrien (CNS) initialement lancé à Istanbul le 2 octobre 2011 et dirigé, depuis son élection le 9 novembre 2012, par le chrétien Georges Sabra – en remplacement de Burhan Ghalioun critiqué pour n’avoir pas su résister suffisamment à l’« entrisme » des « Frères musulmans » au sein du CNS – et a intégré d’autres petits partis et/ou personnalités indépendantes demeurés jusque-là à l’extérieur… »

La suite.

Troisième partie, affrontement Sunnites, Chiites ? ( publié le 30/04/2013)

« 

Les deux principaux soutiens de Damas sont, au niveau international, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, qui a par deux fois opposé son veto à une résolution condamnant le régime syrien et, au niveau régional, la République islamique d’Iran. L’affaire syrienne constituerait presque un cas d’école pour la méthode d’analyse géopolitique. En effet, deux spécificités qui fondent l’identité disciplinaire de la géopolitique peuvent être utilement mobilisées ici : il s’agit de l’analyse interscalaire, tant en matière d’espaces que de temporalités dans lesquels s’inscrivent les « représentations » à l’œuvre dans tout conflit de nature géopolitique. Cela passe notamment par l’utilisation de la méthode dite « diatopique » telle qu’élaborée par Yves Lacoste, laquelle apparaît particulièrement fertile dans toute étude géopolitique. Comme le souligne ce dernier : « Par diatope [de topos en grec ancien, signifiant « lieu », « espace »], j’entends une combinatoire de très diverses observations que l’on peut faire à différents niveaux d’analyse spatiale dans le but de mieux comprendre un problème ou de mener une action. Un diatope, c’est en quelque sorte la superposition des observations géographiques très différentes que fait, par exemple, un pilote d’avion qui vole d’abord à haute altitude avant de descendre très bas sur l’objectif précis qu’il a repéré à des altitudes intermédiaires. Selon qu’ils sont observés à haute altitude (ou même de satellite) ou à très basse altitude, ces espaces sont de tailles très inégales et on peut les représenter par des cartes d’échelles différentes. Ces cartes vues en perspective cavalière peuvent être superposées les unes aux autres : le local en bas, le planétaire en haut. C’est un diatope. Ceci fait, il faut surtout comprendre les rapports entre ces différents niveaux d’analyse, les articuler les uns aux autres. Cette méthode correspond en fait à l’essentiel du raisonnement stratégique. Il permet de mieux comprendre comment peuvent évoluer des situations stratégiques déjà très compliquées sur le terrain, sous l’effet de rapports de force plus ou moins lointains [1] »… »

La suite.

Quatrième partie, le gaz (publié le 03/05/2013)

 »

Si elle n’en constitue pas nécessairement le facteur nécessaire et suffisant pour expliquer l’évolution, sinon l’origine, de la crise syrienne, elle n’en demeure pas moins une variable importante qui ne saurait être sous-estimée dans le « nouveau Grand jeu énergétique » du début du XXIème siècle.

On peut d’abord relever que la Syrie de Bachar al-Assad n’a pas toujours été vouée aux gémonies, y compris par ceux-là mêmes – comme la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite – qui semblent aujourd’hui les plus empressés à hâter sa chute. Elle fut même un partenaire économique courtisé par le fait que le pays constitue, à bien des égards, une sorte de hub entre le Machrek et l’Europe, en termes énergétiques notamment. Le fait est que le Qatar, qui partage avec l’Iran l’un des plus grands champs du monde – appelé North Dome du côté qatari et South Pars du côté iranien – n’était pas satisfait de se trouver a priori plus ou moins contraint, pour exporter son gaz [1], de passer par le détroit ultra-sensible d’Ormuz largement sous la surveillance de l’Iran. Doha avait donc éprouvé la tentation de trouver une autre voie moins soumise aux aléas géopolitiques induits par la crise sur le nucléaire iranien. Sans parler des tensions existant entre les deux pays relatives au partage parfois inéquitable de cette manne gazière, le Qatar pompant le champ commun au détriment de l’Iran qui se trouve pénalisé par les sanctions internationales pour exploiter ce qui lui revient [2]. En 2009, le Qatar avait, de fait, envisagé le tracé d’un gazoduc « sunnite » terrestre courant du Golfe Persique jusqu’à la Turquie et susceptible de se raccorder in fine au projet du Nabucco afin d’exporter ce gaz vers l’Europe [3], un tracé transitant d’abord par l’Arabie saoudite, puis par la Jordanie, enfin par la Syrie. C’est sans doute d’ailleurs une des raisons qui avaient conduit Doha à se rapprocher du régime de Damas avec lequel les relations n’avaient pas toujours été aisées [4]. Rappelons qu’en février 2010, le Qatar avait même été jusqu’à signer un éphémère pacte de défense avec la Syrie. »

La suite

===

Déjà se profile un autre combat commencé en Israêl vs Palestine, question prémonitoire posée  dans l’avant dernier James Bond : l’EAU.

===

On avait « l’abject gouvernement de Hollande », titre remarquable dont l’auteur  n’est pas un Français, ni même un européen, mais un grand ami de la France, un américain.

On a maintenant l’illustrissime BHL, décortiqué par la Voix de la Russie:

http://www.youtube.com/watch?v=K3Kp274IkrM

(merci Carine)

 

Ce contenu a été publié dans Politique, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à La Syrie, les enjeux.

  1. Paul-Emic dit :

    l’eau et le pétrole expliquent beaucoup de choses. Tout cela vaut bien l’assassinat de quelques centaines de civils pour faire plonger les supplétifs européens dans la guerre.

  2. EURASIE dit :

    Ne manquez pas (disponible encore un jour ou deux) cet hommage bouleversant à l’absent de ces négociations. Un homme courageux et ô combien non conformiste.
    Saviez-vous que maître Jacques Vergès était eurasien?

    http://www.radiocourtoisie.fr/14175/libre-journal-de-lydwine-helly-du-3-septembre-2013-hommage-a-jacques-verges/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *