Nelson Mandela

  L’icône et le néant

 

Face aux louanges dithyrambiques de quasi touts les presses de la planète Terre, où chaque nation tente la gageure de se positionner en pôle position au cirage de bottes éclairant telles des Nouvelles Lumières, la haute humanité de ce prix Nobel de la paix – on en a un  autre des plus curieux en la personne du sieur Obama – il existe cependant quelques Journalistes (je majusculise volontairement ) chez qui la rétrospection  est d’usage et la connaissance difficile à contrer, pour justement conter les mille et uns avatars de ce gai luron pas tout à fait des Flandres, en l’occurrence M. B. Lugan, essayiste et journaliste très au fait de l’Afrique en général.

Voici ce qu’il en pense, en date du 06 Déc 2013

mandela

1) Aristocrate xhosa issu de la lignée royale des Thembu, Nelson Mandela n’était pas un « pauvre noir opprimé ». Eduqué à l’européenne par des missionnaires méthodistes, il commença ses études supérieures à Fort Hare, université destinée aux enfants des élites noires, avant de les achever à Witwatersrand, au Transvaal, au cœur de ce qui était alors le « pays boer ». Il s’installa ensuite comme avocat à Johannesburg.

2) Il n’était pas non plus ce gentil réformiste que la mièvrerie médiatique se plait à dépeindre en « archange de la paix » luttant pour les droits de l’homme, tel un nouveau Gandhi ou un nouveau Martin Luther King. Nelson Mandela fut en effet  et avant tout un révolutionnaire, un combattant, un militant qui mit « sa peau au bout de ses idées », n’hésitant pas à faire couler le sang des autres et à risquer le sien.
Il fut ainsi l’un des fondateurs de l’Umkonto We Sizwe, « le fer de lance de la nation », aile militaire de l’ANC, qu’il co-dirigea avec le communiste Joe Slovo, planifiant et coordonnant plus de 200 attentats et sabotages pour lesquels il fut condamné à la prison à vie.

3) Il n’était pas davantage l’homme qui permit une transmission pacifique du pouvoir de la « minorité blanche » à la « majorité noire », évitant ainsi un bain de sang à l’Afrique du Sud. La vérité est qu’il fut hissé au pouvoir par un président De Klerk appliquant à la lettre le plan de règlement global de la question de l’Afrique australe décidé par Washington. Trahissant toutes les promesses faites à son peuple, ce dernier :
– désintégra une armée sud-africaine que l’ANC n’était pas en mesure d’affronter,
– empêcha la réalisation d’un Etat multiracial décentralisé, alternative fédérale au jacobinisme marxiste et dogmatique de l’ANC,
– torpilla les négociations secrètes menées entre Thabo Mbeki et les généraux sud-africains, négociations qui portaient sur la reconnaissance par l’ANC d’un Volkstaat  en échange de l’abandon de l’option militaire par le général Viljoen[2].

4) Nelson Mandela n’a pas permis aux fontaines sud-africaines de laisser couler le lait et le miel car l’échec économique est aujourd’hui  total. Selon le Rapport Economique sur l’Afrique pour l’année 2013, rédigé par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine (en ligne), pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud s’est ainsi classée parmi les 5 pays « les moins performants » du continent sur la base de la croissance moyenne annuelle, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland (page 29 du rapport).
Le chômage touchait selon les chiffres officiels 25,6% de la population active au second trimestre 2013, mais en réalité  environ 40% des actifs. Quant au revenu de la tranche la plus démunie de la population noire, soit plus de 40% des Sud-africains, il est aujourd’hui inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994[3]. En 2013, près de 17 millions de Noirs sur une population de 51 millions d’habitants, ne survécurent que grâce aux aides sociales, ou Social Grant, qui leur garantit le minimum vital.

5) Nelson Mandela a également échoué politiquement car l’ANC connaît de graves tensions multiformes entre Xhosa et Zulu, entre doctrinaires post marxistes et « gestionnaires » capitalistes, entre africanistes et partisans d’une ligne « multiraciale ». Un conflit de génération oppose également la vieille garde composée de « Black Englishmen», aux jeunes loups qui prônent une « libération raciale » et la spoliation des fermiers blancs, comme au Zimbabwe.

6) Nelson Mandela n’a pas davantage pacifié l’Afrique du Sud, pays aujourd’hui livré à la loi de la jungle avec une moyenne de 43 meurtres quotidiens.

7) Nelson Mandela n’a pas apaisé les rapports inter-raciaux. Ainsi, entre 1970 et 1994, en 24 ans, alors que l’ANC était « en guerre » contre le « gouvernement blanc », une soixantaine de fermiers blancs furent tués. Depuis avril 1994, date de l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, plus de 2000 fermiers blancs ont été massacrés dans l’indifférence la plus totale des médias européens.

8) Enfin, le mythe de la « nation arc-en-ciel » s’est brisé sur les réalités régionales et ethno-raciales, le pays étant plus divisé et plus cloisonné que jamais, phénomène qui apparaît au grand jour lors de chaque élection à l’occasion desquelles le vote est clairement « racial », les Noirs votant pour l’ANC, les Blancs et les métis pour l’Alliance démocratique.

En moins de deux décennies, Nelson Mandela, président de la République du 10 mai 1994 au 14 juin 1999, puis ses successeurs, Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), ont transformé un pays qui fut un temps une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain, en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants, mais de plus en plus réduits,  le plus souvent dirigés par des Blancs.
Pouvait-il en être autrement  quand l’idéologie officielle repose sur ce refus du réel qu’est le mythe de la « nation arc-en-ciel » ? Ce « miroir aux alouettes » destiné à la niaiserie occidentale interdit en effet de voir que l’Afrique du Sud ne constitue pas une Nation mais une mosaïque de peuples rassemblés par le colonisateur britannique, peuples dont les références culturelles sont étrangères, et même souvent irréductibles, les unes aux autres.

Le culte planétaire quasi religieux aujourd’hui rendu à Nelson Mandela, le dithyrambe outrancier chanté par des hommes politiques opportunistes et des journalistes incultes ou formatés ne changeront rien à cette réalité.

[1] La véritable biographie de Nelson Mandela sera faite dans le prochain numéro de l’Afrique Réelle qui sera envoyé aux abonnés au début du mois dejanvier 2014.
[2] Voir mes entretiens exclusifs avec les généraux Viljoen et Groenewald  publiés dans le numéro de juillet 2013 de l’Afrique réelle  www.bernard-lugan.com
[3] Institut  Stats SA .

Nul doute que les laudateurs habituels du politiquement correct se sentiront gênés aux entournures et se gausseront de cette mise au point.

Bof!

Comme disait ma grand-mère :  » On s’en tamponne le coquillard avec une queue de langoustines. :o) « 

 

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7 réponses à Nelson Mandela

  1. LHDDT dit :

    Voilà qui est plus clair.. Déjà : « avocat », je connais peu de gamins africains ou arabes – sans avoir jamais vu de godasses, qui deviendraient avocat.

  2. ALBIE Alain dit :

    Ans doute que si Mandela avait été blanc, ton expert se serait appuyé sur ces chiffres:

    http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeTheme=1&codeStat=SP.POP.IDH.IN&codePays=ZAF&codeTheme2=2&codeStat2=x&codePays2=ZAF&langue=fr

    Il est certain que la domination de quelques blancs nantis était préférable pour la population … blanche.

    • blh dit :

      Pas tout à fait faux, si l’on précise que les blancs en auraient profité, certes, mais aussi la population noire.
      Le DIH de l’ADS me semble un tantinet optimiste, au vu de tous les renseignements que l’on peut glaner ici et là.

      D’autre part, cette corne de l’Afrique était à l’origine issue de blancs nord-européens qui ont construits cette région ; les noirs ne sont que des envahisseurs, au même titre que certaines multinationales défendues par la nouvelle élite noire de ce pays,

      • blh dit :

        Une autre précision, à laquelle B.Lugan ne fait pas allusion, concerne les liens étroits d’Israël avec le régime de Prétoria, alors que le dirigeant de l’ UEJF ( l’Union des Etudiants Juifs de France), M. Jonathan Hayoun écrit :
        « Que ce soit dans le combat politique mené depuis la prison contre l’apartheid, (…) Nelson Mandela restera à jamais un modèle pour tous les militants antiracistes. »

        Pourtant, dans les années 1975-1990, alors que Mandela était emprisonné, on constate que :

        – 1975 : Israël et l’Afrique du Sud signent un large accord de coopération économique ;

        – 1976 : le Premier ministre John Vorster est accueilli par Yitzhak Rabin pour une visite d’État en Israël ;

        – 1977 : le ministre des Affaires étrangères Pik Botha se rend à son tour en Israël et y rencontre Menahem Begin et Moshe Dayan. Au menu, une coopération militaire et stratégique entre les deux États ;

        – 1979 : Israël et l’Afrique du Sud conduisent des tests nucléaires conjoints dans l’Océan Indien. Une information tardivement révélée par des documents top secrets sud-africains déclassifiés après la chute du régime d’apartheid ;

        – 1981 : l’Afrique du Sud expérimente sur l’Angola les drones « Al Scout » qu’Israël utilisera l’année suivante au-dessus du Liban. La même année, Ariel Sharon visite les troupes sud-africaines stationnées en Namibie.

        Ce n’est qu’à partir de 1987, lorsque devenu le dernier pays développé à soutenir le régime d’apartheid, qu’Israël prendra ses distances.

        Source.

        La récupération politicienne bat son plein.

  3. Chris dit :

    Déjà lu , le billet de Lugan !!!…ça traine pas , avec moi , quand il s’ agit de déterrer la vérité sous les tas d’ ordures médiatiques !!!

  4. Chris dit :

    Déjà lu aussi , par ci , par là, à propos des copinages youpes de Saint Mandela …
    …partout où il y a des génocides …chercher le juif …mais attention , il est toujours bien caché !!

  5. Carine dit :

    Ta grand-mère avait bien raison !
    Mon grand-père aurait dit : « c’est pas pou’m’vanter, mais il fallait que ces choses-là soient dites ! »
    C’est fait !
    Merci d’avoir rappelé ces vérités sur un enfumage universel.

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