Yuan contre dollar

Entre Russie et Chine, les échanges économiques se multiplient .

 

J.F.K avait refusé de privatiser la banque centrale tandis que, à peine le cercueil fermé, son successeur, Lyndon  Johnson décrétait le contraire.

On peut apprécier le résultat.

Deux articles des publications Agora, dus à Mme Cécile Chevré, en date du 19 sept 2014, suivi par celui de M. Bill Bonner, du 07 oct 2014 .

 

Né de la cuisse de l’or, le yuan, nouvelle monnaie internationale

Hier, nous avons vu que Pékin multipliait les remises en cause du dollar. Non seulement par la parole – plusieurs officiels chinois se sont exprimés contre l’actuel système monétaire mondial et la suprématie trop évidente du dollar – mais aussi en actes.

Une contestation du roi vert qui s’accompagne de la volonté de faire du yuan une monnaie internationale et, à terme, une des principales monnaies de réserve au monde, capable de concurrence le billet vert sur son propre terrain.

Le processus a commencé après la crise asiatique en 1998, et se fait très progressivement, via par exemple des émissions obligataires en yuans ou encore l’autorisation de transactions en yuans via Hong Kong.

Ces dernières années, Pékin a, en outre, multiplié les échanges commerciaux et monétaires avec ses principaux partenaires commerciaux (le reste de l’Asie mais aussi l’Australie ou la Zone Euro) pour se passer du dollar dans ses transactions.
Le 5 septembre dernier, la Russie et la Chine ont annoncé qu’elles abandonnaient officiellement le dollar comme monnaie d’échange

Dernier exemple en date, le 5 septembre dernier, la Russie et la Chine ont annoncé qu’elles abandonnaient officiellement le dollar comme monnaie d’échange.

L’influence du yuan comme monnaie de référence se fait déjà sentir sur l’Asie du Sud-est. Une étude menée par Arvind Subramanian et Martin Kessler du Peterson Institute of International Economics, et citée par l’Agefi, révèle que 10 monnaies asiatiques sont déjà plus liées au yuan qu’au dollar. Une influence qui s’illustre par le lien de plus en plus étroit entre l’évolution de la monnaie chinoise et celle des pays voisins.

Conclusion, le montant mensuel moyen de transactions en yuan est passé de 320 milliards de yuans en 2013 à 480 milliards cette année.

La mutation ne se fera évidemment pas en un jour. Et ce d’autant plus que Pékin est prudent et avance pas après pas.
Pour imposer le yuan comme monnaie de réserve internationale, Pékin sait qu’il a besoin d’atouts convaincants

Quand la Chine s’approprie l’or mondial

Pour imposer le yuan comme monnaie de réserve internationale, Pékin sait qu’il a besoin d’atouts convaincants. La force économique chinoise n’étant pas suffisante, les dirigeants chinois comptent manifestement s’appuyer sur l’or. Et plus particulièrement sur l’or physique.

La Chine est ainsi devenue un véritable trou noir pour le métal jaune. Le pays produit (énormément, soit plus de 400 tonnes d’or par an), achète (énormément, soit plus de 1 000 tonnes par an) et ne revend presque pas.

Que fait la Chine de cet or ? Elle le stocke mais surtout elle le refond pour créer de nouveaux lingots, par exemple d’1 kg, mais aussi de petits lingotins. Le principal avantage de cette refonte, c’est qu’elle empêche toute traçabilité de l’or refondu. Une manière particulièrement efficace de donner une nouvelle naissance à l’or et un excellent moyen de lutter contre l’or fantôme.

Pour rappel, l’or “fantôme” est cet or physique que les banques et banques centrales sont censées réellement détenir. Mais cet or, au lieu de reposer sagement dans les coffres de Fort Knox, de la Banque de France ou dans les bunkers suisses datant de la Seconde Guerre mondiale, a été prêté, reprêté et a tellement circulé que plus personne ne sait vraiment où il se trouve (réponse : en Chine, fort probablement).

C’est ce qui explique, par exemple, que la Fed ou la Banque de France aient besoin de plusieurs années pour rendre à l’Allemagne l’or qui leur avait été confié en dépôt. En janvier dernier, soit un an après avoir exigé le retour de ses réserves en or, l’Allemagne n’en avait recouvré que 5%, soit 37 tonnes sur un total de 674 tonnes.
Donc la Chine achète de l’or, le refond, et le stocke. Mais pour quoi faire ?

Une stratégie monétaire

Donc la Chine achète de l’or, le refond, et le stocke. Mais pour quoi faire ? Tous les analystes s’accordent sur un point : cette stratégie aurifère ne peut être dissociée de la volonté de Pékin de réduire sa dépendance au dollar dans ses réserves monétaires en le remplaçant par d’autres actifs (l’euro mais surtout l’or). Vous le savez, la Chine est un des principaux détenteurs de bons du Trésor au monde, et tente depuis plusieurs années de réduire cette dépendance à la dette américaine.

Autre explication qu’il faut absolument prendre en compte : cet or doit accompagner le processus d’internationalisation du yuan.

A quoi pourrait servir l’or dans ce processus ?

Le plus probable est que la Chine appuie sa monnaie internationale sur l’or. L’idée est séduisante. Effectivement, que vaudrait le dollar face à une monnaie internationale adossée au métal jaune. Le principe de la bonne monnaie chassant la mauvaise s’appliquerait alors parfaitement.
Nul doute que l’ampleur des réserves en or de la Banque populaire de Chine ne pourra que renforcer la confiance des investisseurs et des marchés dans le yuan

Nul doute que l’ampleur des réserves en or de la Banque populaire de Chine ne pourra que renforcer la confiance des investisseurs et des marchés dans le yuan. Pékin en est parfaitement conscient et le reste du monde se rend progressivement compte de la place que pourrait occuper le yuan dans quelques années. Le ministre des Finances britannique George Osborne a ainsi déclaré à plusieurs reprises que le yuan serait la prochaine grande monnaie de réserve internationale…

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Pour les investisseurs que nous sommes, impossible d’ignorer le rôle grandissant de la Chine dans le marché de l’or.

Premièrement, l’émergence d’un nouveau marché concurrent des places traditionnelles permettra – peut-être – de réduire l’influence des grandes banques d’affaires occidentales sur le cours de l’or. On peut espérer que les récents flash krachs derrière lesquelles il est difficile d’ignorer la main de telle ou telle banque feront partie de l’histoire ancienne…

Ensuite, la Chine est un facteur de soutien au cours de l’or mais aussi de régulation. Pékin ne veut pas acheter trop cher donc fait tout ce qu’il peut pour ne pas laisser le cours s’envoler hors de proportion. Mais – et c’est le côté positif –, quand les cours de l’or baissent significativement, la Chine s’empresse d’acheter, faisant ainsi repartir les cours.

Enfin, et c’est peut-être là le plus important, en “siphonnant” les réserves d’or physiques mondiales, la Chine est en train de mettre en place les prémices d’un scandale aurifère d’une ampleur sans précédent.

Que va-t-il se passer quand – si – un important détenteur d’or demande à récupérer ses réserves ? Ou bien si, arrivée au bout du processus d’internationalisation du yuan, la Chine, bien décidée à imposer sa monnaie aux dépens du dollar, exige un audit sur les réserves réelles d’or américaines ?

Tout ceci n’est encore que de la fiction mais la demande de l’Allemagne pour rapatrier son or – et les difficultés manifestes qui en découlent – est la preuve que le problème est loin d’être négligeable.

Et, bien sûr, l’or verra son cours exploser…

Mon conseil : faites comme la Chine, privilégiez l’or physique, et de l’or dont vous êtes sûr de l’existence. Il y a bien sûr la détention directe de pièces et de lingots d’or mais certains brokers qui vous proposent de conserver votre or dans leurs coffres. Pour en savoir plus, c’est ici, ou  .

 

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▪ Le dollar grimpe. Pour l’instant. Mais la tendance de long terme pour le billet vert — comme pour l’empire américain — est probablement à la baisse. La part du PIB mondial produite par les Etats-Unis diminue. La part de commerce mondial qui entre et sort des Etats-Unis est elle aussi en déclin. La part de l’Amérique dans la population mondiale se réduit — quoique pas aussi rapide que celle de l’Europe ou du Japon. Les Etats-Unis vieillissent… avec des personnes âgées… des industries âgées… des technologies âgées… un gouvernement âgé… des institutions âgées… Le système d’autoroutes américain a été construit il y a 50 ans. Le réseau ferroviaire est encore plus vieux. Et les débuts du système de Sécurité sociale remontent à près de 80 ans.

Non que nous ayons quoi que ce soit contre les personnes ou les choses âgées — nous en devenons une. Mais quand on prend de l’âge, on n’augmente pas ; on se rabougrit.

Voici le site Russia Insider avec une raison supplémentaire de soupçonner que le dollar et l’empire qu’il soutient sont condamnés à se flétrir.

« Le 23 septembre, la Bourse de Moscou a accepté d’approuver les échanges en dollars de Hong Kong, sur la demande d’une série d’entreprises russes. C’est une décision importante pour la place moscovite, des entreprises comme Sberbank et Gazprom ayant déjà prévu de lever des milliards de dollars de devises asiatiques comme le yuan, le dollar de Hong Kong et le dollar de Singapour.

La demande en devises chinoises en Russie a connu un pic après les sanctions et les accords commerciaux annoncés avec la Chine plus tôt dans l’année. Les échanges en yuans sur la place ont été multipliés par 10 depuis l’année dernière et ont enregistré une hausse de 26% entre août 2013 et août 2014. Septembre est en passe de battre un nouveau record, avec des gains en pourcentage à deux chiffres sur le mois.

Cette évolution est la dernière pièce du puzzle cimentant le nouveau modèle économique russe : l’intégration avec l’Asie

Cette évolution est la dernière pièce du puzzle cimentant le nouveau modèle économique russe : l’intégration avec l’Asie. Cela signifie également que l’Occident pourrait avoir perdu la Russie pour toujours, cette annonce suivant la nouvelle que la troisième plus grande banque du pays, Gazprombank, a commencé à émettre des cartes avec le Chinois UnionPay.

La Chine est déjà le plus grand partenaire commercial de la Russie, représentant 11% de tout le commerce russe, et les deux pays visent un minimum de 200 milliards de dollars de commerce mutuel d’ici 2020 — dont ils souhaitent régler la moitié en roubles et en yuans ».

Tout ça vous déprime ? Mais non, réjouissez-vous. Nous sommes encore dans la plus grande expansion de crédit de tous les temps. Les banques centrales continuent de bricoler les taux d’intérêt. L’excès de liquidités commence à s’épuiser… mais il en reste encore assez pour faire une jolie fête.

Même si tout ça devra finir un jour, bien entendu.

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Où l’on voit que l’argent est bien le nerf de la guerre, les US se repliant un tant soit peu des différents conflits qu’ils ont peu ou prou fomentés avec  quelques amis.

 Boussuet ne disait-il pas : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. »

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3 réponses à Yuan contre dollar

  1. Djefbernier dit :

    Et le gars s’y connaissait en oraisons .)

    • blh dit :

      Effectivement, et Bossuet, soutenu par la Reine Mère, fustige l’inconduite du Roi dans ses sermons sans trop se soucier des éclats à la Cour. Il n’aimait plus Féneleon, ni Molière qui donna son Tartuffe devant le Roi. ^_^

  2. Alain dit :

    Mouais ! Nombreuses sont les affirmations sans réel fondement. Tout d’abord le cours de l’or s’est effondré l’an dernier et n’est pas prêt de remonter. Les banques chinoises ont fait le plein et ne sont plus acheteuses avant une dizaine d’années. Des milliers de chinois se sont suicidés après avoir été ruinés en jouant à la hausse, comme pour l’immobilier.

    Pour ce qui est du yuan contre le dollar, il s’agit d’un raisonnement dédié au peuple qui vote :

    Apple contre Samsung

    Mercedes contre Audi

    Hollande contre Sarkozy

    et …

    ça occupe alors que le monde se fait non pas dans les urnes, mais dans les bureaux des multinationales et des groupes financiers.

    La Chine n’a aucun intérêt à ce que le dollar s’effondre car elle perdrait une bonne partie de la valeur investie en Bons du Trésor US.

    Chine et Russie ? Un autre attrape-mouche à gogos. Les deux pays font du commerce, pas de la « real politique ». Pourquoi ? Parce que ces pays sont les rares à appliquer les consignes des vrais patrons d monde : le capital.

    Le reste est de la clownerie !

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