Sur l'Ukraine

Russie vs Ukraine

– D’un point de vue économique :

Les réunions du G20 sont aussi instructives par les silences ou les blancs concernant les grands sujets du moment et là, il est difficile de ne pas remarquer l’absence de toute référence à l’Ukraine. Un sujet particulièrement embarrassant puisque comme l’expliquait ce dimanche Olexandre Tourtchinov, le nouveau chef du Parlement ukrainien et chef de l’Etat par interim, l’Ukraine « est en train de glisser vers le précipice d’un défaut de paiement ».

Les premiers chiffres des besoins en capitaux du pays par la nouvelle équipe au pouvoir avoisinent 35 milliards de dollars sur les deux prochaines (tiens, c’est précisément le montant de la facture des Jeux Olympiques de Sotchi pour la Russie) ; à part le FMI, personne n’est capable de mettre sur la table une telle somme.

L’Ukraine, enjeu géostratégique pour la Russie

Quelle serait la réaction du Kremlin s’il se trouvait confronté à une sorte d’OPA amicale de puissances occidentales sur l’un de ses alliés historiques les plus stratégiques ?

Mais surtout, en imaginant que l’Europe décide de mobiliser tous ses moyens et que la BCE ouvre les vannes monétaires (façon QE-infinity comme la Banque centrale du Japon)… quelle serait la réaction du Kremlin s’il se trouvait confronté à une sorte d’OPA amicale – ou pire, une « odieuse mise sous tutelle financière » – de puissances occidentales sur l’un de ses alliés historiques les plus stratégiques ? Car l’Ukraine procure à la Russie des ports et des bases militaires ouvrant sur la mer Noire et le flanc est de l’Europe, des approvisionnements vitaux en céréales… et c’est l’un des principaux clients pour l’industrie de l’armement russe, quel que soit l’état des finances du pays. Vous voyez l’idée.

Chacun comprendra dans ces conditions la prudence de l’Europe qui doit en plus traiter avec Poutine de l’épineuse question Syrienne – un autre cas de régime allié infréquentable mais qui constitue pour Moscou une pièce essentielle sur l’échiquier géostratégique global.

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En contraignant Poutine, qui s’efforce de ne jamais s’impliquer dans une cause perdue, à confier à ses principaux lieutenants (dont le Premier Ministre D. Medvedev) la tâche ingrate de soutenir jusqu’au bout Victor Ianoukovitch, l’Europe est peut-être parvenue pour une fois à s’imposer comme une entité diplomatique crédible. Et c’est maintenant le maître du Kremlin qui se retrouve en situation délicate. Non pas qu’il doive redouter de voir l’Ukraine faire sécession et « passer à l’ouest » (ce qui déclencherait une guerre civile dont même l’administration Obama ne voudrait pas endosser la responsabilité), mais l’exemple d’un régime corrompu et violent renversé par la rue risque d’inspirer d’autres mouvements de révoltes dans d’ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, au demeurant beaucoup plus prospères que l’Ukraine qui, finalement, constitue un boulet financier pour Moscou depuis 10 ans.

Il s’agit le plus souvent de simili-pétromonarchies inféodées à Moscou et soumises à des dictatures autocratiques ubuesques (avec Président à vie élu avec 98% des suffrages).

Alors faute de promettre de sauver l’Ukraine, le G20 a opté pour une annonce spectaculaire : le décret d’une croissance additionnelle de +2% d’ici 2020. De quoi occuper un peu le microcosme journalistique et financier.

La « menace » du syndrome ukrainien

Car chacun sait qu’avec quelques mesures adéquates – et ne parlons même pas de quelques malheureux milliers de milliards de billets de Monopoly imprimés par les banques centrales –, il n’y a qu’à claquer des doigts pour que la croissance s’aligne sur les objectifs des puissants de ce monde…

Or quelqu’un semble s’être aperçu que ça ne marche pas à tous les coups.

Heureusement, en même temps qu’il identifiait le problème, il découvrait la solution – c’est à cela que l’on reconnait un cerveau supérieur et c’est pourquoi l’élite mondiale manipule légitimement les leviers de l’économie et pas nous. Ce pur génie n’est autre que Joe Hockey, un ministre australien étiqueté « conservateur », qui déclarait en préambule du sommet du G20 à Sidney (il jouait à domicile, cela autorise toutes les audaces intellectuelles) « qu’il fallait assouplir toutes les régulations car elles font obstacle à une allocation efficiente des ressources ».

Si nous persistons à vouloir réguler contre toute logique économique le capitalisme sauvage (euh pardon, libre et parfait), imparablement, c’est le syndrome ukrainien qui nous attend au bout du chemin.

Du pur Adam Smith au premier degré, une apologie de l’utopie ultralibérale la plus naïve (ou la plus cynique) qui consiste à laisser la « main invisible » continuer de nous conduire dans la joie et la bonne humeur vers un monde de prospérité, de richesse partagée et de démocratie ! Sous-entendu : si nous persistons à vouloir réguler contre toute logique économique le capitalisme sauvage (euh pardon, libre et parfait), nous nous dirigerons vers l’instauration d’un étatisme planificateur à la soviétique et, imparablement, c’est le syndrome ukrainien qui nous attend au bout du chemin.

Car il ne fait aucun doute que le modèle de développement européen (austérité, chômage de masse, croissance nulle, dumping salarial et fiscal intra-UE) est exactement ce à quoi le peuple ukrainien aspire et s’est montré prêt à verser son sang…

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Il est évident que Obama s’emploie activement à diriger l’Ukraine dans cette direction.

– D’un point de vue politique :

* d’abord un coup d’état

« Sous le contrôle et en présence de diplomates états-uniens, la Verkhvna Rada ukrainienne a opéré un coup d’État, les 22 et 23 février 2014.

Le Parlement a d’abord pris acte de la démission forcée de son président et élu à sa place l’ancien patron des services secrets, Olexandre Tourtchinov.

Puis, 328 députés sur 450 ont abrogé la Constitution et lui ont substitué celle de 2004 [1], c’est-à-dire sans référendum et en situation d’urgence en violation des articles 156 et 157 de la Constitution.

Dans la foulée, les députés ont destitué le président de la République, Viktor Ianoukovytch, sans respecter la procédure d’impeachment et sans contrôle de la Cour constitutionnelle, c’est-à-dire en violation de l’article 111 de la Constitution.

Ils ont voté la libération de l’ancien Premier ministre et milliardaire, Ioulia Tymochenko, condamnée à 7 ans de réclusion pour abus de pouvoir, et dont Olexandre Tourtchinov est le fondé de pouvoir.

Enfin, le lendemain, ils ont proclamé Olexandre Tourtchinov président par intérim, en violation de l’article 112 de la Constitution.

Outrepassant ses pouvoirs intérimaires, le « président » Tourtchinov a nommé son ami Valentin Nalivaytchenko à la tête des services secrets, puis il a convoqué une élection présidentielle au 25 mai à laquelle Ioulia Tymochenko devrait être candidate.

Ce coup d’État a été immédiatement salué comme un « retour à la démocratie » (sic) par les puissances occidentales.»

* Ensuite, les actions des US, et non des moindres :

« Obama a mobilisé presque toute l’équipe de son Conseil de sécurité nationale.

D’abord la conseillère Susan Rice et l’ambassadrice à l’ONU, Samatha Power. Ces deux femmes sont des championnes du parler « démocratique ». Elles se sont fait une spécialité, depuis de nombreuses années, de préconiser l’ingérence dans les affaires intérieures des autres États sous prétexte de prévenir des génocides. Mais derrière ce discours généreux, elles se moquent des vies non-états-uniennes comme l’a montré Mme Power lors de la crise des armes chimiques de la ghoutta. L’ambassadrice, qui connaissait parfaitement l’innocence des autorités syriennes, était partie avec son époux assister en Europe à un festival de cinéma consacré à Charlie Chaplin, tandis que son gouvernement dénonçait un crime contre l’humanité dont il rendait responsable le président el-Assad.

Puis, les trois responsables régionaux : Philip Gordon (Proche-Orient et Afrique du Nord), Karen Donfried (Europe et Eurasie) et Ricardo Zuñiga (Amérique latine).
– Phil Gordon (ami personnel et traducteur de Nicolas Sarkozy) a organisé le sabotage de la Conférence de paix de Genève 2, tant que le dossier palestinien ne serait pas réglé à la manière US. Durant la seconde session de la conférence, alors que John Kerry parlait de paix, il réunissait à Washington les chefs des services secrets jordaniens, qataris, saoudiens et turcs pour préparer une énième attaque. Les comploteurs ont réuni une armée de 13 000 hommes, dont seul 1 000 ont reçu une brève formation militaire, pour conduire des blindés et prendre Damas. Le problème est que la colonne risque d’être détruite par l’Armée syrienne avant d’arriver sur la capitale. Mais ils ne parviennent pas à s’entendre sur la manière de la défendre sans distribuer des armes anti-aériennes qui puissent ultérieurement servir contre Israël.
– Karen Donfried est l’ancienne officier national de renseignement pour l’Europe. Elle a longtemps dirigé le German Marshall Fund à Berlin. Aujourd’hui, elle manipule l’Union européenne pour masquer l’interventionnisme de Washington en Ukraine. Malgré la fuite d’une conversation téléphonique de l’ambassadrice Victoria Nuland, elle est parvenue à faire croire aux Européens que l’opposition à Kiev voulait les rejoindre et se battait pour la démocratie. Pourtant, plus de la moitié des émeutiers de la place Maidan sont membres de partis nazis et arborent des portraits du Collaborateur Stepan Bandera.
– Enfin Ricardo Zuñiga est le petit fils du président homonyme du Parti national du Honduras qui organisa les putschs de 1963 et de 1972 en faveur du général López Arellano. Il dirigea la station de la CIA à La Havane où il recruta des agents et les finança pour former l’opposition à Fidel Castro. Il a mobilisé l’extrême gauche trotskiste vénézuélienne pour renverser le président Nicolás Maduro, accusé d’être stalinien.

L’ensemble des opérations est médiatisé sous la houlette de Dan Rhodes. Ce spécialiste de la propagande a déjà écrit la version officielle du 11-Septembre 2001, en rédigeant le rapport de la commission d’enquête présidentielle. Il a réussi à faire disparaître toute trace du coup d’État militaire (le pouvoir a été retiré des mains de George W. Bush vers 10h du matin et ne lui a été restitué que le soir ; tous les membres de son cabinet et ceux du Congrès ont été placés dans des bunkers sécurisés pour « garantir leur sécurité ») pour que l’on ne se souvienne que des attentats.

Dans les trois cas, la narration US repose sur les mêmes principes : accuser les gouvernements d’avoir tué leurs propres citoyens, qualifier les opposants de « démocratiques », prendre des sanctions contre les « meurtriers », et en définitive opérer des coups d’État.
Chaque fois, le mouvement débute par une manifestation au cours de laquelle des opposants pacifiques sont tués, et où les deux camps s’accusent des violences. En réalité des forces spéciales US ou de l’Otan, placées sur les toits, tirent à la fois sur la foule et sur la police. Ce fut le cas à Deraa (Syrie) en 2011, à Kiev (Ukraine) et à Caracas (Venezuela) cette semaine. Manque de chance, les autopsies pratiquées au Venezuela montrent que deux victimes, un opposant et un pro-gouvernement, ont été tuées par la même arme. »

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La crême des ultra est en place pour démocratiser l’Ukraine et, surtout, obliger la Russie puis, par contre coup, la Chine à ne pas dépasser les règles de l’ultra-libéralisme imposées par Wall Street, c’est-à-dire, la loi des marchés.
Pas de frontières, tout le monde achète et vend à tout le monde.
Les BHL, Fabius et consorts sont en ligne d’  » attaque  » pour fourvoyer les Ukrainiens, ce sont des maîtres en subversion.

– d’un point de vue géo-statégique :

Dire aujourd’hui si le pays va éclater est difficile. Si Kiev part en guerre contre le sud-est de l’Ukraine, c’est tout à fait possible à condition que la Russie soutienne le mouvement. Libéré de Sotchi et sans doute fatigué des coups tordus des occidentaux, le Kremlin est en droit de le faire. L’ouest de l’Ukraine a montré qu’il était incapable de contenir ses populations minoritaires arriérées. Pour la Russie ce serait une belle opération. Elle récupérerait la Crimée, terre russe par excellence, et l’est, seule région riche et industrialisée de l’Ukraine. Elle laisserait à l’UE, l’Ukraine agricole et pauvre, avec son foyer national-socialiste, qui fera le bonheur des groupuscules néo-nazis européens, et donc, celui du département d’État américain. Il n’est cependant pas évident que les Russes souhaitent s’ingérer à ce point. Contrairement aux élucubrations de Gallia Ackermann et de Marie Mandras, ils ont brillé par leur absence, surpris de voir Ianoukovitch se tourner vers eux au dernier moment, en novembre dernier.

On assiste en fait à une « dérussification » d’une partie de l’Ukraine, celle du sud Ouest, orchestrée de l’extérieur, EU comprise, Baroso en tête, alors que celle de l’Est est plus volontiers tournée vers Poutine.
Par contre, c’est en Crimée que la situation a le plus évolué avec une volonté séparatiste affichée. Cela s’est traduit par l’élection d’un nouveau maire et la levée massive de volontaires par le « Russki Blok ». Rappelons que si à l’est de l’Ukraine se trouvent les Ukrainiens russophones, la Crimée est peuplée de Russes ethniques, qui ne se considèrent pas ukrainiens. La presqu’ile n’a historiquement aucun lien réel avec l’Ukraine. Les drapeaux russes ont été hissés à Kerch ou à Sévastopol, les groupes d’auto-défense se forment et il ne fait pas bon être « banderiste » dans la région. Le drapeau ukrainien y a été brûlé. Dans le sud de l’Ukraine également, à Odessa, une grande manifestation a eu lieu contre les « fascistes » de Kiev.

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La situation est en tendue et une timinecko, quelque peu fatiguée et dans son nuage raconte et dit n’importe quoi et son contraire.

C’est Poutine qui reprend la main, les US/EU n’ayant aucun intérêt à ce que la guerre éclate, Obama ayant d’autres guerres sur les bras, Syrie et Iran-Irak.

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