22 août 1962 : cinquante-trois ans après l’attentat du Petit-Clamart

Jean-Marie Bastien-Thiry :

Jean-Marie Bastien-Thiry Pour certains, c’est un héros et un martyr ; pour d’autres, un factieux, voire un fasciste, au mieux un dangereux illuminé. La plupart de nos contemporains se souviennent vaguement d’avoir entendu parler d’un attentat manqué contre le général de Gaulle, au Petit-Clamart, le 22 août 1962.

Comment ce brillant officier de 34 ans, ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur de l’armée de l’air, issu d’une famille de tradition militaire, fervent catholique, en est-il venu à cette extrémité ? Il s’en explique dans une déclaration prononcée le 2 février 1963, devant la Cour militaire de justice. Un tribunal d’exception créé par ordonnance en juin 1962, dont les jugements étaient sans appel, déclaré illégal par le Conseil d’État le 19 octobre 1962, prolongé par un vote de l’Assemblée nationale jusqu’à la clôture des débats. Il évoque les conséquences de « l’effroyable drame humain et national » provoqué par la politique algérienne du général de Gaulle, les atteintes à la liberté, aux biens et à la vie de très nombreux Français ; la rupture avec le principe de l’unité nationale ; la « destruction de valeurs humaines, morales et spirituelles qui constituent le patrimoine français ». Il souligne la trahison de la parole donnée, les engagements non tenus, l’imposture des prétendus accords d’Évian, l’exode des pieds-noirs, contraints de choisir entre la valise et le cercueil, l’abandon volontaire des harkis, les massacres, les disparitions…

Il faut relire cette déclaration intégralement et sans parti pris (voir, par exemple, le site du Cercle Jean-Bastien Thiry – NDLR) : chacun, en conscience, jugera dans quelle mesure un tel réquisitoire contre le chef de l’État était ou non pertinent. Les officiers qui ont témoigné lors du procès ont fait part du drame qu’ils ont vécu. L’un d’entre eux déclara : « Les uns ont choisi la discipline, comme moi, d’autres ont choisi une autre voie. C’est notre drame profond et permanent de savoir quels sont ceux qui auront eu raison. » Ce qu’il y a de sûr, c’est que de Gaulle se serait grandi moralement en accordant sa grâce à un homme qui, certes, avait organisé un attentat contre lui, mais un attentat raté, sans mort ni blessé. Le général se montra inflexible : il fallait faire un exemple. Le colonel Bastien-Thiry est fusillé en catimini, le 11 mars 1963, au fort d’Ivry. La presse la plus hostile à sa cause dénonça cette exécution, comme ce journaliste du Canard enchaîné écrivant : « Bastien-Thiry a été fusillé le 11 mars, à l’aube, dans un tel luxe de clandestinité, que cela a ressemblé à de l’obstination […]. La vraie pudeur est fière. C’est la honte qui rase les murs. Une certaine justice aussi, semble-t-il… De plus audacieux que moi croiront peut-être pouvoir en conclure qu’une justice, qui tend un rideau de gendarmes entre le regard des consciences et ce qu’elle est en train de taire au pied du mur, y tait quelque chose de pas propre ».

Jean-Marie Bastien-Thiry, quel que soit le jugement qu’on porte sur son acte et sur la politique algérienne du général de Gaulle, était de ces hommes qui ne transigent pas avec leur conscience, prêts à mettre leur peau au bout de leurs idées, prêts à tout perdre personnellement, fors l’honneur. Rien que pour cette raison, il mérite le respect.

Jean-Michel Léost via, Boulevard Voltaire.

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C’est un des rares qui avait compris que la lutte devait se faire à Paris et non dans le bled.

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