Russie : Désinformation

Même la Suisse s’y met

par Frank BRUNNER

Des M1A2 Abrams américains à Grafenwoehr, en Allemagne, le 18 novembre 2014

En date du 8 juillet 2016, le quotidien suisse 24 heures a publié un article de désinformation signé par Olivier Bot (1) visant à faire croire aux lecteurs à une prétendue « menace russe » contre l’Europe. Cet article s’inscrit dans le contexte d’une campagne mondiale orchestrée par le gouvernement des Etats-Unis et le lobby juif.

Russie

Cette campagne recourt à la tactique juive de l’inversion accusatoire qui consiste à accuser autrui de ce qu’on fait soi-même. En l’occurrence, il s’agit d’inventer une prétendue « menace russe » contre l’Europe, alors qu’en réalité c’est l’OTAN qui mène une politique belliqueuse et multiplie les provocations à l’encontre de la Russie.

 

Expansion de l’OTAN vers l’Est de 1990 à 2009

Le but de ce psychodrame artificieux est de « justifier » la poursuite de l’occupation de l’Europe par les troupes américaines et d’inciter les gouvernements européens à augmenter leur budget militaire et à commander pour des milliards de dollars d’armements aux fabricants américains, au lieu de consacrer cet argent à l’amélioration du bien-être de la population.

Dans son article, Olivier Bot écrit : « l’OTAN comme les dirigeants occidentaux ont vu dans l’annexion de la Crimée et la déstabilisation de l’Ukraine une rupture de confiance de la part d’une Russie qui ne respecte plus les frontières intangibles et les règles internationales ».

En réalité, ce sont les Occidentaux, et en premier lieu les Etats-Unis, qui ont déstabilisé l’Ukraine en y fomentant un coup d’Etat fasciste. Olivier Bot le sait fort bien et il s’efforce manifestement de tromper ses lecteurs. Aussitôt après leur prise du pouvoir à Kiev, les fascistes ont instauré une politique discriminatoire à l’encontre des Ukrainiens russophones, majoritaires dans l’Est du pays (Donbass), et se sont livrés à une série d’assassinats politiques et de massacres tels que le massacre d’Odessa (2).

Des victimes du massacre d’Odessa, en Ukraine, le 2 mai 2014

Les russophones de l’Est et les Criméens n’étaient pas disposés à se soumettre au régime fasciste qui avait pris le pouvoir à Kiev. Dans le Donbass et en Crimée, ils se sont mis en état de résister à une agression du régime de Kiev, lequel s’appuyait sur des milices néo-nazies. Il s’agit là d’une réaction on ne peut plus légitime. Le Donbass a pratiquement fait sécession de l’Ukraine et a constitué deux républiques autonomes aussitôt agressées par le régime de Kiev. Les agresseurs, malgré leur ciblage systématique des civils, ont subi une cuisante défaite essentiellement due à l’incompétence des dirigeants militaires et à l’absence de motivation des soldats lambdas entraînés dans cette agression. Quant aux Criméens, ils ont organisé un référendum pour faire sécession de l’Ukraine et demander leur rattachement à la Russie. Ce rattachement a été voté par une écrasante majorité des électeurs et il est donc on ne peut plus légitime en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce même droit qu’ont exercé les Kosovars en faisant sécession de la Serbie, par exemple.

Des victimes d’un bombardement ukrainien au Donbass en 2015

Ensuite, Olivier Bot écrit : « La volonté de Moscou est de geler sa zone d’influence. Pour cela, elle a soutenu les séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie contre le gouvernement central géorgien. Et en a fait des dépendances. Elle a envahi la Crimée, en violant la souveraineté de l’Ukraine, et en envoyant des soldats sans uniforme ni insigne se battre aux côtés des sécessionnistes du Donbass ». Là encore, la présentation des faits est délibérément trompeuse.

En réalité, en Géorgie, l’Ossétie du Sud et d’Abkhazie ont proclamé leur indépendance en 1992, au moment de la désintégration de l’Union soviétique, exactement comme l’a fait la Géorgie elle-même. Le gouvernement Russe n’était manifestement pour rien dans cette situation. L’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie n’a jamais été admise par le gouvernement géorgien. Des affrontements meurtriers (snipers, tirs d’obus de mortier) ont opposé les Géorgiens aux Sud-Ossètes et aux Abkhazes. Des « casques bleus » russes s’efforçaient d’empêcher ces agressions.

Depuis 2004, le gouvernement géorgien était présidé par Mikhaïl Saakachvili, un agent des Etats-Unis et une marionnette du lobby juif arrivé au pouvoir à la suite d’une « révolution colorée ». Les opposants à Mikhaïl Saakachvili organisaient régulièrement, à Tbilissi, des manifestations durement réprimées (3).

Mikhaïl Saakachvili

Le 4 mars 2008, moins de trois semaines après le Kosovo, le parlement d’Ossétie du Sud a voté son indépendance (4).

Mikhaïl Saakachvili, qui avait demandé l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN, a promis de rétablir l’autorité de Tbilissi sur les régions séparatistes. Il s’en est suivi des attentats en Abkhazie. Tskhinvali, la capitale de l’Ossétie du Sud, a essuyé des tirs géorgiens, dans la nuit du 4 juillet au 5 juillet 2008 (5), puis des tirs de mortier géorgiens se sont abattus en Ossétie du Sud. La situation était devenue tellement dangereuse que le gouvernement Sud-Ossète a décidé l’évacuation de centaines d’enfants vers la Russie (6).

Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, la Géorgie a attaqué l’Ossétie du Sud avec des armes lourdes (7) : avions, blindés et missiles. Une dizaine de « casques bleus » russes ont été assassinés par surprise (8). Mikhaïl Saakachvili a décrété la mobilisation générale. La Russie a riposté en envoyant des blindés en Ossétie du Sud pour chasser l’agresseur géorgien qui a été mis en déroute. Alors que les Russes auraient pu très facilement envahir et occuper l’ensemble de la Géorgie en y installant un gouvernement à leur dévotion, ils se sont contentés de rétablir le statu quo ante.

Les Géorgiens tirent des missiles contre l’Ossétie du Sud, le 8 août 2008

Olivier Bot est donc particulièrement malhonnête en présentant, dans son article, les Russes comme « les méchants » de cette histoire, alors que leur politique a toujours visé à empêcher un conflit dans la région.

On ajoutera qu’après l’élection présidentielle de 2013, Mikhaïl Saakachvili, visé par des procédures pénales, a fui la Géorgie. Il s’est réfugié aux Etats-Unis, puis les Américains lui ont fait attribuer la nationalité ukrainienne et l’ont parachuté gouverneur d’une région ukrainienne…

Par ailleurs, contrairement à ce qu’affirme mensongèrement Olivier Bot, la Russie n’a jamais envahi la Crimée. Elle y avait des bases militaires et des troupes stationnées en vertu d’un accord passé avec le gouvernement ukrainien avant le coup d’Etat fasciste. Après le coup d’Etat, les troupes russes présentes en Crimée se sont contentées de confiner les soldats ukrainiens dans leurs casernes en attendant leur évacuation en Ukraine. Pas un coup de feu n’a été tiré par les Russes.

Olivier Bot est particulièrement hypocrite en accusant les Russes d’avoir violé la souveraineté de l’Ukraine, comme si cette souveraineté n’avait pas été violée par le coup d’Etat fomenté par les Etats-Unis.

Olivier Bot ment encore en affirmant que la Russie aurait envoyé « des soldats sans uniforme ni insigne se battre aux côtés des sécessionnistes du Donbass ». En réalité, s’il y a bien eu des Russes partis combattre aux côtés des séparatistes du Donbass, ils l’ont fait à titre personnel, par solidarité. Il y a également eu des volontaires français et espagnols. Toutes les allégations d’« invasion russe » du Donbass propagées par la prestituée internationale ont été infirmées par les observateurs de l’OSCE qui se trouvaient sur place (9). En réalité, les séparatistes se battaient essentiellement avec des armes trouvées dans les arsenaux locaux ou prises à l’ennemi.

Depuis des années, la presstituée ne cesse de propager des mensonges éhontés à propos de la Russie, comme elle l’a fait à propos de la Yougoslavie, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, etc… Des Olivier Bot, on en trouve quasiment dans toutes les rédactions. Ils font du journalisme un métier de putes.

Frank BRUNNER

Olivier Bot

Notes :

(1) http://www.24heures.ch/signatures/editorial/otan-veut-dun-yalta-2/story/14881159

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_criminel_%C3%A0_Odessa

(3) http://www.interet-general.info/spip.php?article9870&var_mode=calcul

(4) http://www.interet-general.info/spip.php?article10476

(5) http://www.interet-general.info/spip.php?article11143

(6) http://www.interet-general.info/spip.php?article11259

(7) http://www.interet-general.info/spip.php?article11280

(8) http://www.interet-general.info/spip.php?article11285

(9) http://www.osce.org/

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Le lobby juif en action

Le gouvernement socialiste met officiellement en place la censure absolue des sites révisionnistes sur Internet.

Préliminaire :

ARTICLE 19. <Everyone has the right to freedom of opinion and expression; this right includes freedom to hold opinions without interference and to seek, receive and impart information and ideas through any media and regardless of frontiers.>

The Universal Declaration of Human Rights, adopted by the United Nations General Assembly on December 10, 1948,

ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit>

Déclaration internationale des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU à Paris, le 10 décembre 1948

ARTIKEL 19 der Menschenrechte: <Jederman hat das Recht auf Freiheit der Meinung und der Meinungsäußerung; dieses Recht umfaßt die unbehinderte Meinungsfreiheit und die Freiheit, ohne Rücksicht auf Staatsgrenzen Informationen und Gedankengut durch Mittel jeder Art sich zu beschaffen, zu empfangen und weiterzugeben.>

Vereinigten Nationen, 10 Dezember 1948.

ARTICULO 19 <Todo individuo tiene derecho a la libertad de opinión y de expresión; este derecho incluye el de no ser molestado a causa de sus opiniones, el de investigar y recibir informaciones y opiniones, y el de difundirlas, sin limitación de fronteras, por cualquier medio de expresión.>

Declaración universal de los derechos humanos, adoptada por la Asamblea General de las Naciones Unidas el 10 de diciembre de 1948 en París

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Deux informations :

1) Dans la vidéo qui va suivre (merci au correspondant qui nous l’a envoyée), le blogueur Boris Le Lay diffuse une partie de l’intervention de Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA), aux Assises de la lutte contre la haine sur le net qui ont eu lieu le 15 mai 2016 à Paris. En voici un extrait, à partir de la minute 4’30″ :

https://www.facebook.com/403505586497759/videos/557152861133030/

« Il s’agit surtout d’identifier qui sont les leaders d’opinion sur Internet (…) A partir d’une législation qui effectivement est UNE DES PLUS RÉPRESSIVES DU MONDE [souligné par Bocage], mais avec des moyens renforcés et surtout, je dirais, avec une posture différente qui consiste à dire « on va cibler un certain nombre d’adversaires et on ne va pas les lâcher » (…) Et ça ne suffit pas, et ça ne suffira jamais ».

Le juif sioniste Gilles Clavreul


2) La Commission européenne a conclu, le 31 mai 2016, un accord avec les groupes américains Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft sur la lutte contre le discours de haine, illégal en Europe. On lit à cette même date, sur le site de l’AJC (American Jewish Committee) :

https://ajcfrance.com/2016/05/31/discours-de-haine-ajc-loue-laccord-conclu-e
ntre-la-commission-europeenne-et-les-geants-du-web/

(…) « Les signataires de ce code de conduite s’engagent à considérer la législation européenne ­ qui interdit l’incitation à la violence et à la haine ainsi que la négation de l’Holocauste et d¹autres génocides ­ comme critère de référence pour décider si un message doit être retiré ou non. Dans le cadre de l’accord, les sociétés ont également promis de répondre à la majorité des plaintes valides et, si nécessaire, de retirer tout contenu illégal dans les 24 heures ». (…)

Bocage

L’American Jewish Committee est une officine israélienne


Commentaire

On relèvera que ces juifs qui ont continuellement le mot « haine » à la bouche passent leur temps à mener des campagnes de calomnies, des campagnes islamophobes et des campagnes de persécution. Ils s’efforcent systématiquement de criminaliser toute opinion qui les contrarie. Ils affectent hypocritement d’être motivés par des considérations humanistes, alors qu’ils soutiennent inconditionnellement le régime fasciste et raciste israélien dont ils sont les agents.

En réalité, ils veulent pouvoir débiter leurs mensonges sans qu’on puisse les contredire, toute contradiction étant qualifiée de « haineuse ».

La répression des révisionnistes n’est pas seulement une violation grossière de la liberté d’expression. C’est également une manifestation de mépris à l’égard de tout un chacun, puisque le lobby juif s’arroge le droit de décider à notre place ce que nous devons lire ou ne pas lire, ce que nous devons voir ou ne pas voir, ce que nous devons entendre ou ne pas entendre.

Une fois de plus, on constate que cette infime minorité d’arrogantes crapules s’efforce d’imposer sa dictature au monde entier, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de politiciens corrompus.

Frank BRUNNER

 

Merci à Intérêt-général.

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En complément, en deux parties :

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Yuan vs dollar

Le pétroyuan est le grand pari de la Russie et de la Chine

 

Tandis que les Bricks sont mises à mal au travers des « printemps » brésilien et vénézualien – le  12 Février 2015, mais essai raté – l’Amérique Du Sud refusant peu ou prou la domination US, Ariel Noyola Rodríguez, via le le

Après les sanctions économiques que les États-Unis et l’Union européenne ont imposées à la Russie, Moscou et Pékin ont tissé de puissants liens dans le domaine de l’énergie, qui ont radicalement transformé le marché mondial du pétrole. En plus d’accroître leur commerce dans les hydrocarbures de façon exponentielle, les deux puissances de l’Est ont décidé de mettre fin à la domination du dollar dans la fixation du prix de l’or noir. Le petroyuan est l’instrument de paiement stratégique qui promet de faciliter la transition vers un système monétaire multipolaire, un système qui prend en compte de multiples devises et reflète la corrélation des forces dans l’ordre mondial actuel.

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Au lieu d’humilier la Russie, la guerre économique que Washington et Bruxelles ont provoquée s’est avérée contre-productive, parce qu’elle a seulement contribué à renforcer l’attelage énergétique de Moscou et Pékin. Rappelons qu’en mai 2014, la société russe Gazprom a promis de garantir la fourniture de gaz à la Chine, jusqu’à 38 000 millions de mètres cubes au cours des trois prochaines décennies (à partir de 2018) en signant un contrat pour 400 milliards de dollars avec la China national Petroleum Corporation (CNPC) [1].

Actuellement, les deux puissances coordonnent la mise en œuvre d’un plan stratégique ambitieux, qui inclut la construction de pipelines et l’exploitation en commun de raffineries et de grands complexes pétrochimiques. Involontairement, le rapprochement de Moscou avec Pékin a produit des changements profonds dans le marché mondial du pétrole en faveur de l’Est, ce qui nuit considérablement à l’influence des compagnies pétrolières occidentales.

Même l’Arabie saoudite, qui récemment était encore le principal fournisseur de pétrole du géant asiatique, a été assommée par la diplomatie du Kremlin. Alors que, depuis 2011, les exportations de pétrole saoudien vers la Chine se faisaient au rythme de 120 000 barils par jour, celles de la Russie atteindront à terme 550 000 barils par jour, soit près de cinq fois plus. En fait, déjà en 2015, les entreprises russes ont dépassé, en quatre occasions, les ventes de pétrole de leurs concurrents saoudiens à la Chine : Riyad a dû se contenter d’être le deuxième plus grand fournisseur de brut à Pékin en mai, septembre, novembre et décembre [2].

Il convient de noter que les pays du noyau européen ont également vu diminuer leur part de marché par rapport à la région asiatique : l’Allemagne, par exemple, a été supplantée par la Chine à la fin de 2015, comme plus gros acheteur de pétrole russe [3]. Ainsi, les grands investisseurs opérant sur le marché mondial du pétrole ont du mal à voir à quel point, en quelques mois, le consommateur mondial le plus important – la Chine — est devenu le client favori du troisième plus grand producteur mondial – la Russie. Selon le vice-président de Transneft — la société russe en charge de la mise en œuvre des pipelines nationaux – Sergey Andronov, la Chine est disposée à importer un volume total de 27 millions de tonnes de pétrole de la Russie en 2016 [4].

L’alliance énergétique russo-chinoise se propose d’aller plus loin. Moscou et Pékin ont fait de leurs échanges de pétrole le vecteur de transition vers un système monétaire multipolaire, qui ne se fonde pas uniquement sur le dollar, mais prend en compte de multiples devises et avant tout reflète les rapports de force économiques dans l’ordre mondial actuel. Le fait est, que les sanctions économiques imposées par Washington et Bruxelles ont encouragé les Russes à éliminer les transactions commerciales et financières en dollars et en euros, pour ne pas se trouver trop exposés à souffrir des risques de sabotage, au moment de conclure des transactions avec leurs principaux partenaires.

Pour cette raison, depuis mi-2015, la Chine paie le pétrole russe en yuans, et non en dollars ; l’information a été confirmée par les dirigeants de Gazprom Neft, le bras pétrolier de Gazprom [5]. Cela encourage l’utilisation de la « monnaie du peuple » – le renminbi (RMB) – dans le marché mondial du pétrole, tout en permettant à la Russie de neutraliser l’offensive économique lancée par les États-Unis et l’Union européenne. Les fondations d’un nouvel ordre financier, pris en charge par le petroyuan, émergent : la monnaie chinoise est en passe de devenir la plaque tournante du commerce en Asie-Pacifique avec les grandes puissances pétrolières.

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Aujourd’hui, la Russie fait son commerce de pétrole avec la Chine en yuan, dans le futur ce sera aussi le cas pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lorsque la Chine l’exigera. Le culte de l’Arabie Saoudite pour le dollar peut-il lui faire perdre l’un de ses principaux clients ? [6] D’autres puissances géo-économiques ont déjà suivi les traces de la Russie et la Chine, car elles ont compris que pour construire un système monétaire plus équilibré, la dé-dollarisation de l’économie mondiale est une priorité.

Il n’est pas moins important qu’après l’effondrement des prix du pétrole de plus de 60% — depuis mi-2014 — les banques chinoises sont devenues un soutien essentiel du financement de l’infrastructure énergétique commune. Par exemple, pour lancer le plus tôt possible le gazoduc russo-chinois « Force de la Sibérie », Gazprom a demandé à la Bank of China un prêt sur cinq ans, pour un montant équivalent à 2 milliards d’euros en mars dernier [7]. Il s’agit du plus grand crédit bilatéral que Gazprom a signé avec une institution financière à ce jour. Un autre exemple est le prêt que la Chine a accordé il y a quelques semaines à la Russie, d’un total de 12 milliards de dollars pour le projet Yamal LNG (gaz naturel liquéfié) dans la région arctique [8]. De toute évidence, la politique étrangère de la Russie dans le secteur de l’énergie ne souffre pas de l’isolement, au contraire, elle connaît un de ses meilleurs moments grâce à la Chine.

En conclusion, l’hostilité des dirigeants des États-Unis et de l’Union européenne contre le gouvernement de Vladimir Poutine, a précipité le renforcement de l’attelage énergétique russo-chinois qui, à son tour, ne fait qu’accroître la prépondérance de l’Est dans le marché mondial du pétrole.

Ariel Noyola Rodríguez

Traduction
JJ
site : Le Saker Francophone

Source
Russia Today (Russie)

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Présidentielles US : un nouvel Eisenhower ?

Un Républicain ou un Démocrate ? Chi lo sa 😉

Il y a peu, c’était la bagarre entre Donald Trump et Ted Cruz pour l’un et Hillary Clinton et Bernie Sanders pour l’autre.

L’on sait aujourd’hui que Ted Cruz a perdu hier face à Donald Trump,  et a annoncé qu’il suspendait à son tour sa campagne. De même pour le coup de pouce John Kasich envers Cruz.

Bernie Sanders, donné perdant face à Hillary Clinton, a remonté quelque peu et tient tête à cette dernière. Le suspense se poursuit donc chez les démocrates.

A la limite, on serait disposé à lancer un  » On s’en balance… » dans la mesure où les US sont une nation tranquille, calme, et qui œuvre pour le bonheur des peuples, à tout le moins le sien. Ce qui est très, très loin d’être vrai.  Au contraire.

Par contre, un certain général Mattis pointe le bout de son nez, soutenu par le complexe militaro-industriel…

mattis

Une explication de T. Meyssan.

« Les primaires états-uniennes qui devaient être la préparation d’un affrontement entre Républicains et Démocrates ont progressivement dérivé pour devenir une compétition pour le contrôle du Parti républicain… »

Ce qui est bon pour les américains ne l’est pas nécessairement pour nous, Français.

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Camerone

Le 30 avril 1863 : bataille de Camerone, au Mexique.

camerone

 

« L’armée française assiégeait Puebla. La Légion avait pour mission d’assurer, sur cent vingt kilomètres, la circulation et la sécurité des convois. Le colonel Jeanningros, qui commandait, apprend, le 29 avril 1863, qu’un gros convoi emportant trois millions en numéraire, du matériel de siège et des munitions était en route pour Puebla. Le capitaine Danjou, son adjudant-major, le décide à envoyer au-devant du convoi, une compagnie. La 3e compagnie du Régiment étranger fut désignée mais elle n’avait pas d’officier disponible. Le capitaine Danjou en prend lui-même le commandement et les sous-lieutenants Maudet, porte-drapeau, et Vilain, payeur, se joignent à lui volontairement.

Le 30 avril, à 1 heure du matin, la 3e compagnie, forte de trois officiers et soixante deux hommes, se met en route. Elle avait parcouru environ vingt kilomètres, quand, à 7 heures du matin, elle s’arrête à Palo Verde pour faire le café. À ce moment, l’ennemi se dévoile et le combat s’engage aussitôt. Le capitaine Danjou fait former le carré et, tout en battant en retraite, repousse victorieusement plusieurs charges de cavalerie, en infligeant à l’ennemi des premières pertes sévères.

Arrivé à la hauteur de l’auberge de Camerone, vaste bâtisse comportant une cour entourée d’un mur de trois mètres de haut, il décide de s’y retrancher, pour fixer l’ennemi, et retarder ainsi le plus possible le moment où celui-ci pourra attaquer le convoi.

Pendant que les hommes organisent à la hâte la défense de cette auberge, un officier mexicain, faisant valoir la grosse supériorité du nombre, somme le capitaine Danjou de se rendre. Celui-ci fait répondre : « Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas ». Puis, levant la main, il jura de se défendre jusqu’à la mort et fit prêter à ses hommes le même serment. Il était 10 heures. Jusqu’à 6 heures du soir, ces soixante hommes, qui n’avaient pas mangé ni bu depuis la veille, malgré l’extrême chaleur, la faim, la soif, résistent à 2 000 Mexicains : huit cents cavaliers, mille deux cents fantassins.

À midi, le capitaine Danjou est tué d’une balle en pleine poitrine. À 2 heures, le sous-lieutenant Vilain tombe, frappé d’une balle au front. À ce moment, le colonel mexicain réussit à mettre le feu à l’auberge.

Malgré la chaleur et la fumée qui viennent augmenter leurs souffrances, les légionnaires tiennent bon, mais beaucoup d’entre eux sont frappés. À 5 heures, autour du sous-lieutenant Maudet, ne restent que douze hommes en état de combattre. À ce moment, le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte ils vont se couvrir s’ils n’arrivent pas à abattre cette poignée de braves (un légionnaire qui comprend l’espagnol traduit au fur et à mesure ses paroles). Les Mexicains vont donner l’assaut général par les brèches qu’ils ont réussi à ouvrir, mais auparavant, le colonel Milan adresse encore une sommation au sous-lieutenant Maudet ; celui-ci la repousse avec mépris.

L’assaut final est donné. Bientôt il ne reste autour de Maudet que cinq hommes : le caporal Maine, les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin, Leonhard. Chacun garde encore une cartouche ; ils ont la baïonnette au canon et, réfugiés dans un coin de la cour, le dos au mur, ils font face. À un signal, ils déchargent leurs fusils à bout portant sur l’ennemi et se précipitent sur lui à la baïonnette. Le sous-lieutenant Maudet et deux légionnaires tombent, frappés à mort. Maine et ses deux camarades vont être massacrés quand un officier mexicain se précipite sur eux et les sauve. Il leur crie : « Rendez-vous ! »

« Nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et de soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes ». Leurs baïonnettes restent menaçantes.

« On ne refuse rien à des hommes comme vous ! », répond l’officier.

Les soixante hommes du capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout leur serment. Pendant 11 heures, ils ont résisté à deux mille ennemis, en ont tué trois cents et blessé autant. Ils ont par leur sacrifice, en sauvant le convoi, rempli la mission qui leur avait été confiée.

L’empereur Napoléon III décida que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment étranger et que, de plus, les noms de Danjou, Vilain et Maudet seraient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à Paris.

En outre, un monument fut élevé en 1892 sur l’emplacement du combat. Il porte l’inscription :

« Ils furent ici moins de soixante
opposés à toute une armée,
sa masse les écrasa.
La vie plutôt que le courage
abandonna ces soldats Français
le 30 avril 1863.
à leur mémoire, la patrie éleva ce monument »

Depuis, lorsque les troupes mexicaines passent devant le monument, elles présentent les armes. »

cameron

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En réalité, l’inscription portée sur la pierre tombale fut écrite en latin. Il y était inscrit :

QVOS HIC NON PLVS LX
ADVERSI TOTIVS AGMINIS
MOLES CONSTRAVIT
VITA PRIAM QUAM VIRTVS
MILITES DESERVIT GALLICOS
DIE XXX MENSI APR. ANNI MDCCCLXIII
IN MEMORIAM HOC MONUMENTUM SUIS PATRIA PONEBAT
ANNO MDCCCXCII

Ce monument ayant été laissé à l’abandon, il en fut construit un autre, officiellement inauguré pour le centenaire de la bataille en 1963 et qui lui porte l’inscription en français.

 

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Un nouveau Munich.

Le suicide européen face à la Turquie

En signant un accord —au demeurant illégal en droit international— avec la Turquie pour ralentir l’afflux de migrants, les dirigeants de l’Union européenne se sont engagés un peu plus dans un pacte avec le diable. Une grande partie des 3 milliards d’euros annuels alloués à Ankara servira à financer le soutien aux jihadistes et, par conséquent, à augmenter le nombre de migrants fuyant la guerre. Surtout, en abrogeant dans les prochains mois les visas avec la Turquie, les Européens instituent la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles. En écrasant les peuples irakien et syrien sous l’oppression des jihadistes qu’ils financent indirectement et en abandonnant le peuple turc à la dictature du président Erdoğan, ils préparent les bases d’un très vaste affrontement dont ils seront les victimes.

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© Union européenne

Lors de la conférence de presse du 18 mars 2016, le président de l’Union européenne, Donald Tusk (un Polonais qui défend les intérêts de l’Allemagne), semblait tenter de calmer la fureur du président de la Commission, Jean-Claude Juncker (un Luxembourgeois qui défend les intérêts des États-Unis). Pour la plus grande joie d’un Premier ministre turc goguenard, Ahmet Davutoğlu.

« La démocratie est un tramway, on l’emprunte pour aller là où on veut aller et on en descend. »
Recep Tayyip Erdoğan (1996)

Le Conseil européen des 17 et 18 mars 2016 a adopté un plan visant à résoudre le problème posé par l’afflux massif de migrants en provenance de Turquie [1]. Les 28 chefs d’État et de gouvernement se sont soumis à toutes les demandes d’Ankara.

Nous avions déjà analysé la manière dont les États-Unis entendaient utiliser les événements du Proche-Orient pour affaiblir l’Union européenne [2]. Au début de l’actuelle crise des « réfugiés », nous avons été les premiers à observer à la fois que cet événement avait été délibérément provoqué et les problèmes insolubles qu’il allait poser [3]. Malheureusement, toutes nos analyses ont été vérifiées et nos positions ont été, depuis, largement adoptées par nos détracteurs d’alors.

Allant plus loin, nous voulons étudier la manière dont la Turquie s’est emparée du jeu et l’aveuglement de l’Union européenne qui persiste à avoir un coup de retard.

Le jeu de Recep Tayyip Erdoğan

Le président Erdoğan n’est pas un homme politique comme les autres. Et il ne semble pas que les Européens, ni les peuples, ni leurs dirigeants, en aient pris conscience.

• Premièrement, il est issu de la Millî Görüş, un mouvement islamique panturquiste lié aux Frères musulmans d’Égypte et favorable au rétablissement du Califat [4]. Selon lui —comme d’ailleurs selon ses alliés du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP)—, les Turcs sont les descendants des Huns d’Attila, eux-mêmes enfants du loup des steppes d’Asie centrale, dont ils partageaient l’endurance et l’insensibilité. Ils forment une race supérieure appelée à gouverner le monde. Leur âme est l’islam.

Le président Erdoğan est le seul chef d’État au monde à se revendiquer d’une idéologie suprémaciste ethnique, parfaitement comparable à l’aryanisme nazi. Il est également le seul chef d’État au monde à nier les crimes de son histoire, notamment les massacres des non-musulmans par le sultan Abdülhamid II (les massacres hamidiens de 1894-95 : au moins 80 000 chrétiens tués et 100 000 chrétiennes incorporées de force dans les harems), puis par les Jeunes Turcs (génocide des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens, des Syriaques, des Grecs pontiques et des Yézidis de 1915 à 1923 : au moins 1 200 000 morts) ; un génocide qui fut exécuté avec l’aide d’officiers allemands, dont Rudolf Höß, futur directeur du camp d’Auschwitz [5].

En célébrant le 70ème anniversaire de la libération du cauchemar nazi, le président Vladimir Poutine soulignait que « les idées de suprématie raciale et d’exclusivisme ont provoqué la guerre la plus sanglante de l’Histoire » [6]. Puis, lors d’une marche —et sans nommer la Turquie—, il appelait tous les Russes à se tenir prêts à renouveler le sacrifice de leurs grands-parents si nécessaire afin de sauver le principe même de l’égalité entre les hommes.

• Deuxièmement, le président Erdoğan, qui n’est soutenu que par un tiers de sa population, gouverne seul son pays par la contrainte. Il est impossible de savoir précisément ce que pense le peuple turc, puisque la publication de toute information mettant en cause la légitimité du président Erdoğan est désormais considérée comme une atteinte à la sécurité de l’État et conduit immédiatement en prison. Cependant, si l’on se réfère aux dernière études publiées, en octobre 2015, moins d’un tiers de l’électorat le soutient. C’est nettement moins que les nazis en 1933, qui disposaient alors de 43 % des voix. Raison pour laquelle, le président Erdoğan n’a pu gagner les élections législatives qu’en les truquant grossièrement. Entre autres :
- Les médias d’opposition ont été muselés : les grands quotidiens Hürriyet et Sabah ainsi que la télévision ATV ont été attaqués par des nervis du parti au pouvoir ; des enquêtes ont visé des journalistes et des organes de presse accusés de soutenir le « terrorisme » ou d’avoir tenu des propos diffamatoires contre le président Erdoğan ; des sites web ont été bloqués ; des fournisseurs de services numériques ont supprimé de leur offre les chaînes de télévision d’opposition ; trois des cinq chaînes de télévision nationales, dont la chaîne publique, ont été, dans leurs programmes, clairement favorables au parti au pouvoir ; les autres chaînes de télévision nationale, Bugün TV et Kanaltürk, ont été fermées par la police.
- Un État étranger, l’Arabie saoudite, a déversé 7 milliards de livres de « dons » pour « convaincre » les électeurs de soutenir le président Erdoğan (soit environ 2 milliards d’euros).
- 128 permanences politiques du parti de gauche (HDP) ont été attaquées par des nervis du parti du président Erdoğan. De nombreux candidats et leurs équipes ont été passés à tabac. Plus de 300 commerces kurdes ont été mis à sac. Plusieurs dizaines de candidats du HDP ont été arrêtés et placés en détention provisoire durant la campagne.
- Plus de 2 000 opposants ont été tués durant la campagne électorale, soit par des attentats, soit du fait de la répression gouvernementale visant le PKK. Plusieurs villages du sud-est du pays ont été partiellement détruits par des blindés de l’armée.

Depuis son « élection », une chape de plomb s’est abattue sur le pays. Il est devenu impossible de s’informer sur l’état de la Turquie par sa presse nationale. Le principal quotidien d’opposition, Zaman, a été placé sous tutelle et se borne désormais à louer la grandeur du « sultan » Erdoğan. La guerre civile, qui fait déjà rage à l’Est du pays, s’étend par des attentats à Ankara et jusqu’à Istanbul, dans la totale indifférence des Européens [7].

M. Erdoğan gouverne presque seul, entouré d’un groupe restreint, dont le Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Il a publiquement déclaré durant la campagne électorale qu’il n’appliquait plus la Constitution et que tous les pouvoirs lui revenaient désormais.

Le 14 mars 2016, le président Erdoğan a déclaré que face aux Kurdes : « La démocratie, la liberté et l’état de droit n’ont plus la moindre valeur ». Il a annoncé son intention d’élargir la définition légale des « terroristes » pour inclure tous ceux qui sont « des ennemis des Turcs » —c’est-à-dire les Turcs et les non-Turcs qui s’opposent à leur suprémacisme—.

 

Pour un demi-milliard d’euros, Recep Tayyip Erdoğan s’est fait construire le plus grand palais jamais occupé par un chef d’État dans l’histoire mondiale. Le « palais blanc », en référence à la couleur de son parti, l’AKP. Il s’étend sur 200 000 mètres carrés et comprend toutes sortes de services, dont des bunkers sécurisés ultra-modernes reliés à des satellites.

• Troisièmement, le président Erdoğan utilise les pouvoirs qu’il s’est anti-constitutionnellement octroyés pour transformer l’État turc en parrain du jihadisme international. En décembre 2015, la police et la Justice turques avaient pu établir les liens personnels de M. Erdoğan et de son fils Bilal avec Yasin al-Qadi, le banquier global d’Al-Qaïda. Il a donc limogé les policiers et les magistrats qui avaient osé « porter atteinte aux intérêts de la Turquie » (sic), tandis que Yasin al-Qadi et l’État intentaient un procès au quotidien de gauche BirGün pour avoir reproduit mon éditorial, « Al-Qaida, éternel supplétif de l’Otan ».

En février dernier, la Fédération de Russie déposait un rapport de Renseignement au Conseil de sécurité de l’Onu attestant du soutien de l’État turc au jihadisme international, en violation de nombreuses résolutions [8]. J’ai publié une étude précise sur ces accusations, immédiatement censurée en Turquie [9].

La réponse de l’Union européenne

L’Union européenne avait envoyé une délégation pour surveiller les élections législatives de novembre 2015. Elle a longuement différé la publication de son rapport, puis s’est résolue à en publier une brève version édulcorée.

Paniqués par les réactions de ses populations réagissant durement à l’entrée massive de migrants —et, pour les Allemands, à l’abolition du salaire minimum qui en a résulté—, les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union ont mis au point avec la Turquie une procédure pour qu’elle résolve leurs problèmes. Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, Filippo Grandi, a immédiatement relevé que la solution choisie viole le droit international, mais en supposant que les choses puissent être améliorées, ce n’est pas là le problème principal.

L’Union s’est engagée à
- verser 3 milliards d’euros annuels à la Turquie pour l’aider à faire face à ses obligations, mais sans mécanisme de vérification de l’usage de ces fonds ;
- mettre fin aux visas requis aux Turcs pour entrer dans l’Union [10] —ce n’est plus qu’une question de quelques mois, voire de semaines— ;
- accélérer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union —ce sera par contre beaucoup plus long et aléatoire—.

En d’autres termes, aveuglés par la récente défaite électorale d’Angela Merkel [11], les dirigeants européens se sont contentés de trouver une solution provisoire pour ralentir le flux des migrants, sans chercher à résoudre l’origine du problème et sans tenir compte de l’infiltration de jihadistes parmi ce flux.

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© Union européenne

Qu’avons-nous fait ?

Le précédent de Munich

Dans les années 30, les élites européennes et états-uniennes considéraient que l’URSS, par son modèle, menaçait leurs intérêts de classe. Elles soutenaient donc collectivement le projet nazi de colonisation de l’Europe orientale et de destruction des peuples slaves. Malgré les appels répétés de Moscou à la création d’une vaste alliance contre le nazisme, les dirigeants européens acceptèrent toutes les revendications du chancelier Hitler, y compris l’annexion de régions peuplées par les Sudètes. Ce furent les accords de Munich (1938), conduisant l’URSS a pratiquer le sauve-qui-peut et à conclure de son côté le Pacte germano-soviétique (1939). Ce n’est que trop tardivement, que certains dirigeants européens, puis états-uniens, réalisèrent leur erreur et décidèrent de s’allier avec Moscou contre les nazis.

Sous nos yeux, les mêmes erreurs se répètent. Les élites européennes considèrent la République arabe syrienne comme un adversaire, soit qu’elles défendent le point de vue colonial d’Israël, soit qu’elles espèrent recoloniser elles-mêmes le Levant et s’approprier ses gigantesques réserves de gaz encore inexploitées. Elles ont donc soutenu l’opération secrète états-unienne de « changement de régime » et ont feint de croire à la fable du « printemps arabe ». Après cinq ans de guerre par procuration, constatant que le président Bachar el-Assad est toujours là bien qu’on ait annoncé un millier de fois sa démission, les Européens ont décidé de financer à hauteur de 3 milliards d’euros annuels le soutien turc aux jihadistes. Ce qui, selon leur logique, devrait permettre leur victoire et donc mettre fin aux migrations. Elles ne tarderont pas à réaliser [12], mais trop tard, qu’en abrogeant les visas pour les ressortissants turcs, elles ont autorisé la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles [13].

La comparaison avec la fin des années 30 est d’autant plus juste que lors des accords de Munich, le Reich nazi avait déjà annexé l’Autriche sans provoquer de réaction notable des autres États européens. Or, aujourd’hui la Turquie occupe déjà le Nord-Est d’un État membre de l’Union européenne, Chypre, et une bande de quelques kilomètres de profondeur en Syrie qu’elle fait administrer par un wali (préfet) nommé à cet effet. Non seulement, l’Union s’en accommode, mais par son attitude, elle encourage Ankara a poursuivre ses annexions au mépris du droit international. La logique commune du chancelier Hitler et du président Erdoğan est basée sur l’unification de la « race » et l’épuration de la population. Le premier voulait unir les populations de « race allemande » et les épurer des éléments « étrangers » (les juifs et les Roms), le second veut unir les populations de « race turque » et les épurer des éléments « étrangers » (les Kurdes et les chrétiens).

En 1938, les élites européennes croyaient en l’amitié du chancelier Hitler, aujourd’hui en celle du président Erdoğan.

Thierry Meyssan

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Encore que les intérêts de A.H étaient aux antipodes de ceux de Erdoğan, le premier  voulant d’abord remettre son pays en bon état, tant du point de vue politique qu’ économique – le problème juif n’est pas de son fait, à l’origine, mais bien du lobby qui n’existe pas – tandis que le second a véritablement la volonté de submerger l’Occident et de se poser en maître du Moyen Orient.

[1] “Next operational steps in EU-Turkey cooperation in the field of migration”, Voltaire Network, 16 March 2016.

[2] « La cécité de l’Union européenne face à la stratégie militaire des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 avril 2015.

[3] « La fausse « crise des réfugiés » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 septembre 2015.

[4] « Vers la fin du système Erdoğan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 juin 2015.

[5] « La Turquie d’aujourd’hui poursuit le génocide arménien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 avril 2015.

[6] « Discours de Vladimir Poutine pour le 70e anniversaire de la Victoire de la Grande Guerre Patriotique », par Vladimir Poutine, Traduction Sayed 7asan, Réseau Voltaire, 9 mai 2015.

[7] « L’Union européenne a abandonné ceux qui se battent pour défendre les libertés en Turquie », par Can Dündar, Le Monde (France) , Réseau Voltaire, 18 mars 2016.

[8] « Rapport de renseignement russe sur l’aide actuelle turque à Daesh », Réseau Voltaire, 18 février 2016.

[9] « Comment la Turquie soutient les jihadistes », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 février 2016.

[10] “Roadmap towards a visa-free regime with Turkey”, Voltaire Network, 16 March 2016.

[11] „Alternative für Deutschland nimmt kein Blatt vor den Mund“, von Ian Blohm, Übersetzung Horst Frohlich, Strategic Culture Foundation (Russland) , Voltaire Netzwerk, 12. März 2016.

[12] « Lettre ouverte aux Européens coincés derrière le rideau de fer israélo-US », par Hassan Hamadé, Réseau Voltaire, 21 mai 2014.

[13] “Israeli general says al Qaeda’s Syria fighters set up in Turkey”, Dan Williams, Reuters, January 29, 2014.

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Hollande et le 19 Mars, oui ou non ?

Le 18 Mars 1962, signature des Accords d’Evian par les autorités françaises mettant fin à la guerre d’Algérie

 

La France (Louis Joxe) et le FLN (Krim Belkacem) signent à Evian un traité qui reconnaît la souveraineté de l’Etat algérien et instaure un cessez-le-feu dans tout le pays. Le cessez-le-feu intervient le 19 mars à midi. Cette guerre s’achève par la proclamation de l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962.

Le 18 mars 2002 : la première pierre du mémorial parisien dédié aux militaires morts ou disparus en Afrique du Nord de 1952 à 1962 est posée au Cimetière du Père-Lachaise.

Quoi que l’on puisse penser de lui, un communiqué de Bernard Antony :

« Celui qui persiste à demeurer président de la République au mépris de ce qu’il ne représente plus depuis bientôt deux ans qu’une très petite minorité de Français vient d’ajouter à son bilan de nihiliste déconstructionniste, le crime de trahison dans la mémoire.

Il commémorera donc demain le 19 mars 1962 pour la plus grande satisfaction des criminels qui sont au pouvoir en Algérie avec l’ancien maquereau Bouteflika, et aussi des islamistes ; les uns et les autres ne surmontant leur rivalité que dans la plus fanatique haine française.

Le 19 mars 1962, ce n’est pas  en effet l’anniversaire d’un cessez-le-feu mais celle d’une désormais non-assistance officielle, étatique, gaulliste, à nos compatriotes  d’Algérie menacés des pires cruautés et dont un très grand nombre n’en réchappèrent pas.

Ce cessez-le-feu, ce fut l’ouverture de la chasse aux Français de toutes origines pour les fellaghas vaincus et relevant la tête, désormais libres de perpétrer leurs crimes sans aucun risque. Et avec eux, les égorgeurs de la onzième heure, de cette racaille sanguinaire surgissant de partout comme il en est dans les phases de révolution victorieuse, rivalisèrent dans une effroyable compétition d’atrocités :

–  Pieds-noirs assassinés par milliers. Et le plus horrible : par centaines, 2000 pour le moins, des femmes françaises enlevées, déportées vers les lieux de barbarie sexuelle et d’abattage de la soldatesque fellagha.

Harkis et anciens combattants de l’armée française massacrés, selon les cas ébouillantés, brûlés vifs, enterrés vivants, jusqu’à un nombre d’importance génocidaire de plusieurs dizaines de milliers.

Tout cela à proximité d’une armée française victorieuse, nombreuse, puissante, qui aurait pu sauver la plupart des victimes ; obéissant hélas majoritairement à un ordre venu du plus haut de « laissez massacrer, laissez torturer » et à l’application duquel collabora activement le ministre de la justice, Edmond Michelet, (dont certains encore, et puis quoi, voudraient faire un saint !).

Collaboration donc d’un État, et des chefs de son armée au crime imprescriptible de non-dénonciation, de non-assistance à communautés victimes de crimes contre l’humanité ! […]« 

Une réaction de Robert Ménard

Mais quelles sont donc les origines de cette guerre ? Sans oublier les aides militaires de l’Ex-Urss pour déstabiliser cette région, De Gaulle en fut grandement responsable, […] l’homme auquel Fred Zeller, ancien Grand Maître du Grand .‘. Orient .’., rendait hommage dans Europe Parlement en rappelant le « mot » de De Gaulle, à la Libération :
« Je vais redonner la République à la France, il n’y a aucune raison pour que je ne lui redonne pas aussi les francs-maçons » et Zeller reconnaissait :
Il nous a redonné force et vigueur« .

Tel était l’individu pour lequel tant de « nationaux« , de Rivarol, à Tixier-Vignancour et à Le Pen, entre autres, ont voté au référendum de 1958 et dont la suite de sa « carrière« , allait confirmer l’ignominie.

Dès son arrivée au pouvoir à Alger, il rétablissait, le décret Crémieux abrogé par Vichy.

Ce décret redonnait unilatéralement et en bloc la nationalité française aux seuls Juifs, alors que comme en 1870 les musulmans venaient de se battre pour la France.

Les conséquences ne se firent pas attendre et François d’Orcival rappelle, Valeurs actuelles, 13.5..05 :
« Le 1er mai 1945, les manifestants à Alger, Oran, Mostaganem, criaient « À bas la France, à bas les Juifs », tandis que la police tire sur eux ».

De même, lors des émeutes du 9 au 14 mai, les émeutiers criaient de façon révélatrice :
« À bas De Gaulle, serviteur de la juiverie ».
« À bas Churchill et les Juifs »
.

Comme en 1870 les marxistes Adrien Texier ministre de l’Intérieur et Charles Tillon , ministre de l’Air, massacreront des milliers de civils musulmans, traités d’ « hitlériens » !!!

C’est dire si le facteur juif était fondamental dans l’insurrection contre la France, devenue aux yeux des musulmans, un occupant au service de la communauté juive.

Cela aucun des nostalgiques de l’Algérie française ne le rappelle !

Ils n’ont toujours rien compris aux causes premières de la perte de l’Algérie.

La férocité de la répression des gaullo-marxistes, comme celle du gouvernement Thiers tenu par les Rothschild en 1870, est suspecte, comme si, comme en 1870, les dirigeants de 1945 avaient voulu créer l’irréparable avec la communauté musulmane, pour la dresser contre la France.

 On connaît la suite :
La trahison de De Gaulle rappelé en « sauveur » par les Français d’Algérie, l’armée française est applaudie par les « nationaux » d’alors.

Pour comprendre leur naïveté, il faut rappeler comment De Gaulle s’est vanté dans ses Mémoires d’Espoir, de les avoir trompés :

“Si de but en blanc j’affichais mes intentions, une vague de stupeur(s) et de fureur(s) eut fait chavirer le navire« .

« Sans jamais changer de cap, il me faudrait donc manoeuvrer »,  p. 60-61.

Ayant réussi à amener l’armée à capituler, l’autre ignominie, avec le mitraillage des Français par le général Katz aux origines juives, sera de livrer les harkis.

Le télégramme secret du 16.5.1962, N° 125/IGAA, ordonnait :
« Le ministre d’État Louis Joxe demande au Haut commissariat de rappeler que toutes les initiatives individuelles tendant à l’installation ( en ) Métropole ( de ) Français musulmans sont strictement interdites ».

 Une nouvelle directive de Joxe, du 15 juin 1962, enjoignait : « Vous voudrez bien rechercher, tant dans l’armée que dans l’administration, les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement et de faire prendre des sanctions appropriées ».

« Les supplétifs débarqués en Métropole seront renvoyés en Algérie ».

« Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui sont restés fidèles, il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure ».

 Même Alain Rollat reconnaissait, Le Monde 7.8.91 : « Dès le mois de juillet 1961, l’armée française commence à désarmer les harkis » « leur désarmement avait été promis au FLN par les autorités Françaises ».
« Ils seront exécutés avec leurs femmes et leurs enfants ».

 Ces massacres « varient selon les sources, de 30.000 à 150.000, les harkis et leurs familles ont été victimes d’atrocités en tous genres, avant même la proclamation de l’indépendance, sans que les autorités françaises interviennent »...

Ainsi, les Musulmans comme les Français ont été victimes du même complot mondialiste cosmopolite.

On juge de la déliquescence de la « mouvance nationale » par son silence et son adulation d’un Le Pen qui se présente « comme seul héritier du gaullisme »Rivarol , 29.1.99 et qui, avant même son discours d’Argenteuil, prônait « une France multiculturelle et multconfessionnelle« , Ouest-France , 3.9.99.

Or, toute la politique française actuelle découle des conséquences de cette politique gaulliste aux ordres du mondialisme.

Voilà pourquoi, il urge de faire le ménage dans les rangs de cette pseudo droite nationale et de tirer les leçons de l’Histoire.

Dont celle de la légende de De Gaulle, faux patriote, militaire lâche, capitulant aux étapes clés de notre histoire, n’ayant réussi à s’imposer que par la politique aux ordres des lobbies.

Du De Gaulle de 1916, à celui se mettant à l’abri à Londres aux ordres des Anglos-américains, au fuyard à Baden-Baden allant se mettre sous la protection du général Massu, en mai 68, c’est le même homme.

Chacune de ses fuites, de ses désertions, explique l’homme et son action contre la France.

On se souvient du massacre de la rue d’Isly, le 26 Mars 1962, une semaine après cette signature :

Alger, 26 mars 1962, rue d’Isly : un crime d’État !

 » Christian Fouchet, alors ministre de l’Intérieur lors des événements de 1968, avouera avoir été l’organisateur du massacre de la rue d’Isly, le 26 mars 1962, pendant son mandat de haut-commissaire en Algérie.

Limogé le 31 mai 1968 par le chef de l’État (de Gaulle), il avouera le 28 octobre 1969 : « J’en ai voulu au Général de m’avoir limogé au lendemain de mai 1968. C’était une faute politique. Il m’a reproché de ne pas avoir maintenu l’ordre… » « Vous n’avez pas osé faire tirer », m’a-t-il dit. « J’aurais osé s’il l’avait fallu », lui-ai-je répondu. « Souvenez-vous de l’Algérie, de la rue d’Isly. Là, j’ai osé et je ne le regrette pas, parce qu’il fallait montrer que l’armée n’était pas complice de la population algéroise. » Christian Fouchet avoue donc avoir assassiné ce jour-là des Français innocents et désarmés sur ordre de De Gaulle.

En 1962, les accords d’Évian viennent d’être signés. Le gouvernement français s’est déculotté mais de Gaulle n’est pas pleinement satisfait. La situation en Algérie n’évolue pas comme il le souhaite. L’armée française respecte le cessez-le-feu unilatéral mais les enlèvements et les assassinats se multiplient du côté FLN et l’OAS s’obstine à défendre cette terre encore française !

Il faut donc provoquer un clash. Le prétexte sera une embuscade au cours de laquelle six soldats français seront abattus par un commando Delta de l’OAS.

Depuis le 19 mars, les militaires remettent leurs armes sur simple demande de l’armée secrète et tout se déroule dans le meilleur esprit, jusqu’à cette heure où un coup de feu tiré de l’intérieur d’un véhicule militaire, par un septième homme en treillis non réglementaire, déclenche une riposte immédiate.

Normalement, il devrait y avoir des morts, mais également des blessés ; eh bien ce jour-là, il n’y eut que des morts, achevés d’une balle dans la tête après le départ du commando Delta.

On connaît la suite : blocus de tout le quartier de Bab El Oued par 10.000 soldats et CRS sous les ordres du général Ailleret et représailles dignes des nazis. Pour mettre un terme à ce blocus meurtrier, une longue marche pacifique fut organisée. Pas d’armes, bien entendu, des femmes, des enfants, des civils, protégés par des drapeaux tricolores.

À leur arrivée rue d’Isly, devant la Grande Poste, un coup de feu est tiré d’un toit avoisinant. Qui a tiré ? Ce sera un mystère jusqu’à fin mai 1968.

On a la preuve, par des témoins présents et encore vivants, et par des bandes-son, que des soldats arabes, fraîchement débarqués du bled, avaient été placés volontairement aux premiers rangs du service d’ordre, sachant qu’ils paniqueraient et tireraient sur les manifestants.

Bilan : près d’une centaine de morts, entassés nus sur le sol de la morgue de l’hôpital Mustapha, dont les corps ne seront jamais rendus à leurs familles. « 

Sources:

Le Salon BeigeP Ploncard d’Assac et Boulevard Voltaire.

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Nouvelle donne en Syrie

C’est un changement profond et significatif qui vient de s’opérer au Levant : l’armée russe commence à s’engager contre le terrorisme en Syrie.

Alors qu’elle est absente de la scène internationale depuis la dissolution de l’Union soviétique et bien qu’elle avance avec prudence, elle vient de constituer une Commission russo-syrienne, de livrer des armes et du renseignement, et d’envoyer des conseillers. Tout ceci plus ou moins coordonné avec la Maison-Blanche.

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Originaire du Tatarstan, le général Valéri Guérassimov, chef d’état-major des forces armées de la Fédération de Russie et vice-ministre de la Défense, connait bien l’islam. En outre, il a réprimé des crimes commis par d’autres militaires russes en Tchétchénie et combattu victorieusement les jihadistes de l’Émirat islamique d’Itchkérie.

La Russie qui avait négocié une alliance régionale contre l’Émirat islamique impliquant l’Arabie saoudite, la Syrie et la Turquie a dû changer de stratégie après le revirement turc. Ankara a en effet décidé de rompre avec Moscou, annulant sans motif réel le contrat du gazoduc Turkish Stream, créant avec l’Ukraine une Brigade islamique internationale pour déstabiliser la Crimée [1], et venant en renfort de l’Émirat islamique contre les Kurdes du PKK et de l’YPG.

Identiquement, la Maison-Blanche a dû changer de stratégie après les manœuvres du général John Allen qui s’était engagé auprès du président Recep Tayyip Erdoğan a créer une « zone de sécurité » pour l’Émirat islamique au Nord de la Syrie [2].

En définitive, Moscou et Washington ont coordonné
- le retrait des missiles Patriot stationnés en Turquie ;
- la création d’une Commission militaire russo-syrienne.

La fin de la zone d’exclusion aérienne

Les missiles Patriot avaient été installés à partir de janvier 2013 par l’Otan en Turquie afin d’empêcher l’armée de l’air syrienne de se déployer à la frontière. De la sorte, les jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda) avaient pu s’emparer du Nord du pays. À partir de l’été 2014, cette zone impossible à survoler avait été occupée par l’Émirat islamique.

 

Ainsi, lors de la bataille de Kobané, l’armée de l’air syrienne n’avait pu bombarder l’Émirat islamique et avait été contrainte de tenter une percée terrestre pour sauver la ville. Comme elle ne parvenait pas à franchir les 30 derniers kilomètres, la presse atlantiste présenta les forces kurdes du YPG comme indépendantes de Damas, alors que la République arabe syrienne lui avait fourni ses armes et payait ses soldats.

Les missiles Patriot, initialement déployés par l’Allemagne et les Pays-Bas, sont aujourd’hui allemands et espagnols. Ils seront d’abord révisés et modernisés, puis redéployés en Lithuanie, à la frontière russe.

L’entrée de l’armée russe dans la guerre contre la Syrie

Alors que depuis le début du conflit, la Russie s’est abstenue de participer aux opérations militaires, elle vient de créer une Commission militaire russo-syrienne. Pourtant, l’Otan a organisé l’ensemble des événements dit du « Printemps arabe », dont la guerre contre la Syrie, et a coordonné les groupes jihadistes étrangers et leurs collaborateurs libyens et syriens, dits « rebelles », depuis la base turque d’Izmir [3], devenue depuis le siège du LancCom (commandement des forces terrestres des 28 États membres de l’Alliance atlantique).

En quelques semaines, de nombreux conseillers militaires sont arrivés à Damas. On évoque la possibilité d’ouvrir un second port militaire russe.

 

Six Mikoyan-Gourevitch MiG-31 ont été livrés. Ces avions sont les meilleurs intercepteurs au monde. Ils avaient été achetés en 2007, mais ce contrat avait été bloqué. Leur livraison ne tombe pas sous le coup de l’embargo sur les armes car ils ne peuvent pas être utilisés à des opérations de maintien de l’ordre, mais uniquement à la Défense nationale, en l’occurrence face aux incursions d’Israël ou de la Turquie. Sous des prétextes divers, ces deux États sont intervenus de multiples fois au cours de la guerre pour soutenir les jihadistes lorsqu’ils étaient en difficulté.

Ainsi, le 30 janvier 2013, Tsahal bombardait le Centre de recherches militaires de Jemraya, sous prétexte de détruire des armes destinées au Hezbollah. Il s’agissait en réalité de détruire une mallette de communication des données satellitaires de l’Otan, saisie par l’Armée arabe syrienne, avant que celle-ci n’en perce le système de cryptage [4]. L’opération avait été conduite par l’armée de l’Air israélienne en coordination avec l’Armée syrienne libre, elle même encadrée par des officiers de la Légion étrangère française sous la supervision du LandCom de l’Otan. Depuis, les opérations communes se sont succédé. Le 21 août, alors qu’al-Qaïda attaquait au sol et Israël depuis les airs la base militaire syrienne de Quneitra (limite du Golan), la Défense syrienne a été en mesure d’abattre un des avions de la Coalition jihadistes/Israël.

Simultanément, l’armée russe vient de fournir, pour la première fois, des images satellitaires à la Syrie. Cette décision, attendue depuis cinq ans, renverse la situation militaire. En effet, jusqu’ici les jihadistes échappaient souvent à l’armée arabe syrienne grâce aux images satellitaires que l’Otan leur fournissait en temps réel. Même si, depuis un semestre, il semble que l’Otan ne partage plus ses renseignements avec l’Émirat islamique, mais uniquement avec le Front al-Nosra (al-Qaïda).

Enfin, les conseillers militaires russes rassemblent de nombreuses informations de manière à étudier la possibilité d’un déploiement international sous l’égide des Nations unies. Ils devraient présenter un rapport au Kremlin qui étudiera aussi bien la possibilité d’une opération russe que celle d’une opération conjointe de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC). Celle-ci se réunira au Tadjikistan, à Douchanbé, le 15 septembre. Un déploiement de l’OTSC avait déjà été envisagé, en juin 2012 lors de la préparation de la « Conférence de Genève 1 » [5]. En effet, cette alliance militaire comprend trois États à population musulmane, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan, plus aptes que la Russie à lutter contre des terroristes se réclamant de l’islam. Cependant à l’époque, l’OTSC n’avait pas d’accord avec l’Onu pour effectuer des opérations de paix. Ceci a été réglé le 28 septembre 2012 et pourrait être appliqué aussi bien en Afghanistan qu’en Syrie [6].

Les limites de la coopération entre le Kremlin et la Maison-Blanche

Quoi qu’il en soit, la coopération entre le Kremlin et la Maison-Blanche a ses limites : la Russie souhaite éradiquer les jihadistes avant qu’ils ne se retournent contre elle, tandis que les États-Unis espèrent bien que certains d’entre eux pourront être activés dans d’autres conflits, comme ce fut le cas précédemment en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, en Tchétchénie et au Kosovo.

D’ores et déjà, quelques éléments de Daesh sont arrivés à Kherson (Ukraine), où se trouve déjà un prétendu « gouvernement de Crimée en exil ».

Il est évident que, du côté états-unien, le retrait des Patriot est un piège. Washington serait enchanté que la Russie réduise le nombre de jihadistes, mais ne serait pas mécontent non plus si elle s’enlisait en Syrie. C’est pourquoi l’ours russe avance avec prudence.

Thierry Meyssan

[1] « L’Ukraine et la Turquie créent une Brigade internationale islamique contre la Russie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 août 2015.

[2] « Clinton, Juppé, Erdoğan, Daesh et le PKK », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 août 2015.

[3] “Izmir base likely to become NATO’s Land Component Command”, Today’s Zaman, 6 juin 2011.

[4] « L’ASL et Israël attaquent un Centre de recherche syrien », Réseau Voltaire, 31 janvier 2013.

[5] « Syrie : Vladimir Poutine propose une Force de paix de l’OTSC », Réseau Voltaire, 3 juin 2012.

[6] « L’OTSC pourra déployer des « chapkas bleues » sur mandat de l’ONU », Réseau Voltaire, 29 septembre 2012.

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22 août 1962 : cinquante-trois ans après l’attentat du Petit-Clamart

Jean-Marie Bastien-Thiry :

Jean-Marie Bastien-Thiry Pour certains, c’est un héros et un martyr ; pour d’autres, un factieux, voire un fasciste, au mieux un dangereux illuminé. La plupart de nos contemporains se souviennent vaguement d’avoir entendu parler d’un attentat manqué contre le général de Gaulle, au Petit-Clamart, le 22 août 1962.

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La haine gaulliste.

Le 23 juillet 1945 : ouverture du procès du maréchal Pétain.

 

Pétain à son procèsTrois mois se sont écoulés depuis son retour en France. Le vieil homme, qui a bientôt 90 ans, est accusé « d’attentat contre la sûreté intérieure de l’État et d’intelligence avec l’ennemi, en vue de favoriser ses entreprises en corrélation avec les siennes. »L’ancien président du conseil Reynaud sans aucune honte ose l’accuser : «d’avoir fomenté un complot en 1940 pour « trahir la France ». » Lui qui avec tous ces comparses ont désarmé le pays et l’ont livré à l’ennemi, fuyant lâchement devant l’avancée des troupes allemandes !

 

L’accusé est introduit vers 13 h 30, il porte l’uniforme avec pour seule décoration la médaille militaire. Contrairement aux usages, il n’est pas précédé d’un officier, mais seulement d’un sous-officier de la garde républicaine. La salle pleine à craquer. Les jurés, les témoins, les journalistes, l’assistance entassée sur des bancs et des gradins forment une masse compacte qui d’un seul homme se lève à la vue du Maréchal.

Alors que la parole lui est enfin donnée, Philippe Pétain se lève, «aucun tic du visage, aucun tremblement des mains, son impassibilité garde de l’allure» note l’écrivain Jean Schlumberger, il commence la lecture d’une déclaration rédigée. D’une voix ferme, le vainqueur de Verdun commence par s’en prendre au tribunal et à la légitimité de la Cour :

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