Mourir en applaudissant
Le mot « acédie » a disparu des dictionnaires, même des dictionnaires de théologie. Cette forme aiguë de la mélancolie affectait surtout les anachorètes, qui, succombant à l’ennui et à la paresse, au fond des déserts, étaient la proie d’horribles tentations. L’homme moderne, condamné à vivre dans le grand désert des hommes, connaît toujours la dépression mais non plus son nom premier.
Situation assez biscornue semble-t-il, mais en lisant quantité de sites où la politique, l’économique et le social s’entremêlent joyeusement, puis en écoutant les gens du réel refaire le monde en sirotant un caoua au bistrot du coin, je me suis laissé tenter par cette remarque d’un romancier du monde des « gens de l’ombre » où l’un des héros racontait les journées de certaines familles en Polésie:
« Les vieux écoutent la cafetière qui chuchote, les glouglou du kacha ou des haricots qui bouillonnent…
Ils sont sur le pot-de-chambre et gémissent tout le temps, et contemplent les morts qui pourrissent sur leur lits…»
En fait, en France, et un peu partout dans le monde, ça défile, ça gueule, ça se réjouit de sa propre mort, chacun ayant sa propre vérité, assumant évidemment cet impératif catégorique: moi d’abord, les autres peuvent crever…Pour l’heure, ils ouvrent le grand bal des élections suprêmes, où, tour à tour, chacun avance d’un pas et lance une invite vers une éventuelle promise, duo les yeux dans les yeux du voisin pour repousser l’assaillant. Le beau sexe ne traîne pas non plus et celles-ci chochotent gaillardement en jouant les dames de compagnies, à défaut d’être reines.
Mourir en applaudissant…
Certains, bien sur, éjectent les pots de chambre et analysent les maux de notre pays tout en proposant des solutions, avant que d’aller se reposer sur le lit.
C’est une chance.